Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives Journalières: 29/06/2009

Revue de presse Burqa


Cette revue de presse rassemble les opinions contradictoires de gauche et de droite – féministes comprises – sur la question de la burqa.

17/06/2009, Texte de la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur la pratique du port de la burqa ou du niqab sur le territoire national, André GerinPDF

18/06/2009, « Une burqa ? Non, je ne sais pas où trouver ça », Rue89

A Paris, Rue89 n’a pas trouvé de boutiques vendant le voile dissimulant corps et visage qu’un groupe de députés veut interdire.

18/06/2009, ROGER-PETIT Bruno, Des députés contre la burqa ? Et pour les bonnes sœurs catholiques, on fait quoi ?, LePost

Cette commission d’enquête se pencherait-elle également sur le sort des religieuses catholiques cloitrées dans les couvents, le corps également recouvert de tissus épais ne donnant à voir (léger plus par rapport à la burqa) que l’ovale de leur visage ? Ou bien une fois encore, n’examinerait-on, et ce, à des fins qui pourraient être perçues comme exclusivement stigmatisantes, que les cas extrêmes issus d’une application démesurée des préceptes religieux musulmans ?

Un pays de tradition judéo-chrétienne se permettrait de s’ériger en normateur de la bonne ou mauvaise façon d’exercer une religion, oubliant au passage de s’intéresser à des cas issus de sa tradition et parfaitement similaires. Qui nous dit que les centaines de religieuses enfermées dans des couvents (Carmélites, Clarisses…) le corps à peine moins voilé que si elles portaient une burqa, sont des femmes qui seraient plus libres que les musulmanes adeptes de la burqa ? Au nom de quoi ? Au nom de qui juger ?

19/06/2009, Revue de presse : débat sur le port du voile, NouvelObs

LE PROGRES DE LYON
Francis Brochet
« André Gérin aura au moins réussi cela: faire à nouveau parler de lui à Paris, et redonner un mégaphone à Jean-Marie Le Pen, qui a repris hier ses diatribes contre la « bande des quatre ». Mais comment imaginer qu’il aurait pu en être autrement, avec cette proposition d’une commission sur la « burqa » et ces femmes complètement voilées que l’on croise dans nos rues… Il en est ainsi depuis au moins un quart de siècle: la France a mal à son immigration. Elle hésite sans cesse entre intégration et rejet, entre assimilation et ségrégation, parce que rien n’est jamais tout à fait simple en ce domaine – sauf pour Messieurs Gérin et Le Pen. Pour Monsieur le Préfet du Rhône, aussi, qui a jugé nécessaire et urgent d’expulser un jeune Marocain de 20 ans, en France depuis six ans, qui venait d’obtenir son CAP de plâtrier. On dit pourtant que la France manque d’apprentis-plâtriers. »

L’ALSACE-LE PAYS
Marie-Lise Perrin
« Contrairement à la question du port du voile à l’école, qui portait atteinte à la laïcité héritée de Jules Ferry, il s’agit dans ce cas d’adultes qui ont le droit de porter autant de couches de tissu qu’ils le souhaitent pour se promener. C’est bien ce que font les religieuses catholiques sans qu’aucun élu ne s’en émeuve. Y aura-t-il bientôt un taux de couverture du visage autorisé, au-delà duquel il sera interdit d’aller ? La cagoule de ski du petit dernier est-elle réglementaire ? Les larges RayBan et la casquette que notre président aime à porter pour faire son jogging ne sont-elles pas trop couvrantes ? Bon courage à ceux qui souhaiteraient légiférer sur le sujet. Derrière la burqa se cachent en fait bien d’autres questions que celle de la laïcité : celle de l’égalité entre les hommes et les femmes – elle ne semble pas habituellement empêcher nos élus de dormir – mais aussi celle de la peur du fondamentalisme religieux en général, et musulman en particulier. Fadela Amara, qui prône une interdiction du voile intégral pour lutter contre ce fondamentalisme, se trompe pourtant d’adversaire. C’est derrière le voile, dans la tête des gens, que les mentalités peuvent changer. »

19/06/2009, Une loi anti-burqa : républicain ou démago?, LibérationFrance Info

Un débat relancé au sein même du gouvernent avec des positions divergentes de Fadela Amara à Eric Besson ou encore Xavier Darcos. Le port de cette tenue est-il une offense, une agression à l’encontre du statut de la femme ? La France est-elle capable de prendre des mesures législatives contre la burqa ? En réalité, quels sont les bons moyens pour lutter ou interdire ce signe religieux musulman sur la voie publique ?
La République peut-elle aller contre la liberté de choix de tout un chacun ?

21/06/2009, Docteure Michèle Dayras [SOS-Sexisme], Non à l’apartheid vestimentaire des Francaises musulmanes, Sisyphe.

La déferlante du voile en Occident traduit la poussée de l’Islam politique pour lequel le premier pays à conquérir demeure notre République, dont la laïcité fait la spécificité.

Ignorant cette offensive intégriste réelle et planifiée, le gouvernement défend le multiculturalisme et le maintien des particularismes, au risque de nous conduire vers une société différentialiste à l’anglo-saxonne qui mettrait en péril les droits et les acquis des françaises. Et de nombreuses associations de lutte contre les discriminations se montrent pro-voile, niant de façon éhontée le sexisme de cette pratique.

Le principe démocratique d’ « égalité entre les femmes et les hommes » ne doit-il pas primer celui de « liberté individuelle » dont se gargarisent les intégristes qui vivent ici ?

21/06/2009, Alain GRESH, Enfin, la représentation nationale se mobilise contre… la burqa, Les blogs du Diplo

Le pays est entré dans sa plus grave récession depuis la seconde guerre mondiale. Les chômeurs, en nombre croissant, submergent le Pôle emploi dont les moyens ont été réduits. Les électeurs ont massivement déserté les élections européennes et exprimé leur défiance à l’égard des politiques incapables de répondre à leurs attentes. Sensible à toutes ces critiques, les députés ont décidé de réagir et, dans un sursaut d’unité nationale, sous la houlette du communiste André Gérin, ont décidé de répondre à l’appel du pays : 58 d’entre eux, en grande majorité de droite, ont décidé d’appeler à la création d’une commission d’enquête sur le défi majeur de notre époque : le port de la burqa en France.

Cette polémique est un feu de paille, elle ne durera peut-être pas, mais on peut être sûr qu’elle ressurgira d’ici un mois, deux mois ou plus… Comme les Une des hebdomadaires sur l’immobilier ou sur le classement des hôpitaux (des écoles, des villes, etc.), l’islam fait partie désormais de ces « marronniers » qui reviennent régulièrement et qui ont l’avantage de remplir du papier sans demander beaucoup de travail. Nombre d’intellectuels éminents sont déjà prêts à fournir à la presse les points de vue et les libres opinions qui appellent à la résistance contre le fascisme islamique.

Au début des années 1980, les milices de Rifaat El-Assad, le frère du président syrien, dévoilaient les femmes dans les rues de Damas. Pourquoi ne pas créer de telles milices en France dont la tâche, en plus du dévoilement des femmes musulmanes pourrait être :
• d’arracher les perruques des femmes juives traditionalistes que les maris obligent à se raser la tête ;
• d’arracher les tenues des bonnes soeurs qui osent se promener en habit traditionnel (rappelons-nous cette défaite de la laïcité, quand la presse française interviewait soeur Emmanuelle portant un foulard…) ;
• enfin, de vérifier que la longueur des jupes des jeunes filles de toutes confessions est conforme à l’idée que nous, les hommes, nous nous faisons du droit des femmes à leur corps…

22/06/2009, « En France, la liberté pour tous, sauf pour les musulmans ! », Le Monde

C’est un non-débat, par Rani Boukhelifa
Pour ce qui est de la burqa, c’est un non-débat, qu’on me dise combien de cas sont recensés en France avant de fustiger une fois de plus les musulmans. La vraie question à régler est celle de l’intégration et la « dépaupérisation » des populations immigrées « de couleur » à la société française. Il faudrait pour cela que les institutions françaises se remettent en question et mettent un peu d’humilité et d’humanité dans leur gestion de ce problème… un peu à l’image du Canada, qui sera en 2009 la première destination d’immigration au monde.

Extrême serait le port de la burka, extrême est l’interdiction de la porter, par ToufikLa
France ne sortira pas grandie de ce débat stérile qui ne fait que stigmatiser une partie de la population. Qu’avons-nous à gagner de cette interdiction si ce n’est que renforcer l’exclusion de ces femmes qui n’oseront plus sortir de chez elle ? Est-ce cela l’objectif annoncé ? La France a-t-elle si peur de ces femmes ? Et réfléchissons un instant sur la loi contre le voile à l’école : quel en fut le résultat si ce n’est l’ouverture d’écoles confessionnelles musulmanes ? Est-ce cela l’esprit républicain ?

Et pourquoi pas interdire le string ?, par La Gata Negra
Interdire la burqa ? Pourquoi pas aussi la casquette, le string… Je suis étonnée de voir que le gouvernement n’ait pas mieux à faire que de légiférer sur ce sujet. Dans nos quartiers, peuplés de « racaille » et qu’il était prévu de « karcheriser », il y a tant à faire en matière d’éducation, de santé, d’emploi… La République ne penserait à nous que pour entraver nos libertés ?

23/06/2009, « La burqa n’est pas la bienvenue en France », l’Humanité

Fermement, solennellement, le président de la République affirme : « La burqa n’est pas la bienvenue en France. » On ne peut, dit-il, « accepter dans notre pays des femmes prisonnières derrière les grillages, coupées de toute vie sociale, privées de toute identité ». Emboîtant le pas à bon nombre de musulmans, Nicolas Sarkozy rappelle que la burqa « n’est pas un signe religieux, c’est un signe d’asservissement, c’est un signe d’abaissement ».

23/06/2009, La gauche se déchire sur le voile, Le JDD

Alors que la droite avance en ordre de bataille contre la burqa et que les députés viennent de mettre en place une mission d’information, la gauche, elle, peine à adopter une position claire. Tiraillée entre le féminisme, la laïcité et la lutte contre l’islamophobie, elle essaie d’éviter le piège de la stigmatisation des musulmans sans occulter pour autant les violences faites aux femmes.

Bref, entre les partis de gauche comme en leur sein, les désaccords s’entrelacent. Même le mouvement féministe est complètement divisé sur la question. A l’occasion du débat sur la laïcité, en 2003, quand il s’agissait d’interdire le hijab dans les écoles de la République, une nouvelle organisation avait même vu le jour, le Collectif des féministes pour l’égalité (CFPE). Revendiquant une approche différente de celle des « petites blanches » du CNDF (Collectif national pour les droits des femmes, organe traditionnel du mouvement féministe qui condamnait le port du voile), les Féministes pour l’égalité défendaient le droit à l’éducation pour toutes. « Après le vote de la loi en 2004, les filles n’ont pas retiré leur foulard, témoigne Loubna*, musulmane, prof dans un lycée de banlieue et membre du CFPE. Les parents ont retiré les filles des bahuts pour les mettre dans des écoles confessionnelles, elles se sont mariées jeunes, ont rejoint des associations musulmanes… En réalité, on les a enfermées dans une microsociété musulmane ». La loi de 2004 n’aurait donc rien réglé, au contraire: « il y a de plus en plus de filles qui portent le voile », affirme Loubna. Leur interdire de se montrer en public revient à les enfermer davantage encore, non à les émanciper.

« Ce n’est pas en arrachant son voile à une nana qu’on va la libérer, ça ne marche pas comme ça l’émancipation, ironise Suzanne, militante au NPA, c’est du faux féminisme, de l’islamophobie déguisée ». Pour Loubna aussi, interdire à une femme de porter le voile relève d’un féminisme aux forts relents colonialistes: « l’émancipation, ce n’est pas forcément porter un bikini, explique-t-elle, est-ce qu’une femme blanche apprécierait qu’on vienne lui dire: ‘je trouve qu’avec ton string tu es prisonnière du diktat de la femme qui doit être belle et à poil’? Je ne crois pas ». D’après elle, les femmes choisissent de porter le voile, en signe d’émancipation. Parfois pour dérober leur corps au regard des hommes qui les considèrent comme des objets sexuels. Quelques unes sont même beaucoup plus libérées qu’on veut bien le croire: « je connais des femmes voilées beaucoup moins complexées que moi sur l’IVG ou l’homosexualité », jure-t-elle. « A titre personnel, je suis contre la burqa et je ne comprends pas qu’on puisse en mettre une, précise-t-elle encore, mais je m’interdis d’empêcher qui que ce soit d’en porter. Si une femme choisit d’en mettre une, je défends sa liberté de choix ». C’est aussi la position que semble défendre l’eurodéputée du Front de gauche, Marie-Christine Vergiat: « un féministe doit se demander ce que pense la femme concernée et non vouloir décider à sa place (…) C’est avec un prisme analogue que les Occidentaux ont voulu faire le bonheur des pays du sud à leur place… » écrit-elle sur Facebook -où le débat fait rage.

23/06/2009, Cagoule, burqa et paternalisme : premiers matériaux pour un débat, Ex Utero

Comme les putes, les voilées, quand elles ne font pas ce qu’elles ne veulent pas, ne savent pas ce qu’elles n’ont pas à faire. D’où l’utilité de penser pour elles, vu qu’on veut faire leur bien. Un point commun ? Ce sont des femmes donc des individus trop cons pour penser par eux-mêmes. Donc des individus poussés par leurs frères, pères, macs et autres proches masculins. Parfois même, c’est toute la masculinité d’un système qui est derrière elles. Mais heureusement grand maman ours veille au grain, et fera une loi si nécessaire.

23/06/2009, Quand la “burqa” faisait vendre, Al Kanz

Il y a chez l’Européen cristallisation d’une agressivité, mise en tension d’une violence en face de la femme algérienne. Dévoiler cette femme, c’est mettre en évidence la beauté, c’est mettre à nu son secret, briser sa résistance, la faire disponible pour l’aventure. Cacher le visage, c’est aussi dissimuler un secret, c’est faire exister un monde du mystére et du caché. Confusément, l’Européen vit à un niveau fort complexe sa relation avec la femme algérienne. Volonté de mettre cette femme à portée de soi, d’en faire un éventuel objet de possession.

Cette femme qui voit sans être vue frustre le colonisateur. Il n’y a pas réciprocité. Elle ne se livre pas, ne se donne pas, ne s’offre pas. L’Algérien a, à l’égard de la femme algérienne, une attitude dans l’ensemble claire. Il ne la voit pas. Il y a même volonté permanente de ne pas apercevoir le profil féminin, de ne pas faire attention aux femmes. Il n’y a donc pas chez l’Algérien, dans la rue ou sur une route, cette conduite de la rencontre intersexuelle que l’on décrit aux niveaux du regard, de la prestance, de la tenue musculaire, des différentes conduites troublées auxquelles nous a habitués la phénoménologie de la rencontre.

L’Européen face à l’Algérienne veut voir. Il réagit de façon agressive devant cette limitation de sa perception. Frustration et agressivité ici encore vont évoluer de façon permanente.

Frantz Fanon, L’an V de la révolution algérienne, [1959] La Découverte, 2001

24/06/2009, Lluís Uría, La burqa et la République, Courrier international

En lançant le débat sur le voile intégral, Nicolas Sarkozy risque de stigmatiser une nouvelle fois les musulmans de France, alors que la loi de 2004 sur le port du voile à l’école n’a jamais sérieusement été évaluée.

Les Français sont aussi volontiers donneurs de leçons que peu enclins à accepter les observations des autres. Surtout si ces remarques sont prononcées avec un accent anglo-saxon. Dans son discours du Caire, Barack Obama a ainsi fustigé la volonté occidentale de dicter aux femmes la façon dont elles doivent se vêtir ; ces propos ont été reçus avec une froideur éloquente dans la patrie de la laïcité et de l’égalitarisme à outrance, où le voile [hijab] est interdit dans les écoles publiques depuis 2004, au même titre que tout signe religieux ostentatoire. Loin de se demander si l’interdiction du port du voile dans l’enseignement public a atteint l’objectif recherché, une soixantaine de députés de tous bords veulent aller encore plus loin : ils proposent qu’une commission étudie le port de la burqa [vêtement qui couvre entièrement le corps] et du niqab [voile couvrant le visage, sauf les yeux].

Aucun argument, si irréfutable paraisse-t-il, ne saurait se soustraire à la contradiction. […] Faudrait-il également interdire le voile dans la rue comme on l’a fait à l’école ? Et si c’était le cas, doit-on se limiter au voile des musulmanes ou y inclure le foulard que portent les catholiques intégristes ? Et que dire alors du vêtement des juifs orthodoxes ? Va-t-on interdire les chapeaux à large bord, les habits noirs, les kipas et les papillotes ?

Aujourd’hui, le voile n’a plus droit de cité dans les écoles publiques. Mais l’interdiction est loin d’avoir mis fin à cette pratique. Les plus traditionalistes, les intégristes, ont retiré leurs filles de l’école publique. Certaines étudient chez elles via l’enseignement à distance, d’autres sont inscrites dans des établissements privés, soit islamiques, soit catholiques – oui, vous avez bien lu –, où le port du voile n’est pas interdit. Qui va désormais enseigner à ces jeunes filles ces chères valeurs laïques ? Qui va les instruire dans les principes républicains ? Qui va leur apprendre que la burqa et le niqab sont des vêtements exécrables qui les nient en tant qu’individus ?

25/06/2009, Alain DUHAMEL, Versailles, un bonapartisme de crise, Libération

L’idéologie, surtout, ne trompe pas. Il s’agit de commander mais aussi de convaincre et d’entraîner. D’où une volonté affichée de dialogue, de consensus et d’union. Plus de mots qui fâchent, dérangent et dissonent. Nicolas Sarkozy le proclame lui-même, il ne revendique plus de «laïcité positive» ou de «discrimination positive». Il préfère annoncer que la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la République, sachant parfaitement que tel est le point de vue de la grande majorité des Français. Il réaffirme hautement, avec les mots de toujours, les vertus de la laïcité, de l’intégration et de la solidarité.

25/06/2009, Catherine Kintzler, Burqa et niqab : contre la dépersonnalisation indifférenciée, Rue89

[…] sur quel fondement appuyer une telle mesure ?
L’argument de la laïcité, ordinairement avancé, est en porte-à-faux. Celui de l’oppression des femmes se révèle, à l’analyse, plus fragile qu’il n’y paraît pour asseoir un interdit. Reste la question du masque, du déni d’identification et surtout, au-delà, celle de la dépersonnalisation indifférenciée qui atteint l’idée même du citoyen.

25/06/2009, Il n’y aura pas de loi sur la burqa, Causeur

Que nous a donc dit ce soir-là le ministre de l’Immigration, qui venait à peine d’être reconduit dans ses fonctions ? Qu’il était opposé à une loi sur le port de la burqa, parce qu’il jugeait un tel texte techniquement inapplicable et politiquement inopportun.

Le 18 juin dernier, Besson déclarait déjà sur Europe 1 : «Il n’est pas opportun de relancer une polémique. La loi a déjà énoncé un certain nombre de règles du vivre ensemble, elle dit qu’on ne peut pas porter le voile dans un certain nombre d’administrations, de services publics ainsi qu’à l’école. Un équilibre a été trouvé en France et il serait dangereux de le remettre en cause.»

Que dès le lendemain [Congrès à Versailles], le ministre de l’Immigration explique qu’il est défavorable non seulement à cette loi, mais à ce qu’on en parle, et ce dans un gouvernement où il n’est pas d’usage, et c’est peu de le dire, de prendre le contrepied des engagements présidentiels ne signifie qu’une seule chose : il n’y aura pas, et au moins du vivant de ce quinquennat, de loi sur la burqa. En vérité, le président n’en veut pas, pas plus que ses futurs opposants “de gauche” à la prochaine présidentielle.

25/06/2009, Robert Ménard, Les intégristes de tous bords portent leur voile sur les yeux, Mediapart

Rien de mieux, en effet, pour détériorer un peu plus encore les rapports entre Occident et monde arabe. Pour alimenter chez les musulmans le sentiment que le deux poids, deux mesures est un réflexe et une sale habitude dès que la religion est en cause. Et de nous rappeler, entre autres exemples pour appuyer leur démonstration sur notre volonté de «stigmatiser l’islam», que si certains se sont inquiétés de voir des associations islamistes revendiquer des heures réservées aux femmes dans les piscines municipales, les mêmes ne s’en étaient pas offusqués quand des juifs loubavitchs l’exigeaient aussi.

[…] comment savoir si l’étoffe est consentie ou répressive ? Devra-t-on mobiliser les forces de police, soumettre chaque suspecte à un interrogatoire, dépêcher des psychologues, psychiatres, psychanalystes, expertiser et contre-expertiser, saisir la justice, demander aux tribunaux de trancher comme on le fait de plus en plus dès qu’une pensée, une attitude ou un bout de tissu échappe à la norme ? Nos élus devront répondre à ces questions.

25/06/2009, Le débat sur la burqa est ridicule, Chrétienté

Tout aussi ridicule que celui sur l’interdiction des cagoules dans les manifestations. Le décret interdisant le port de cagoules dans les manifestations a été publié samedi dernier, en pleine polémique sur la burqa. On accumule ainsi des textes qui ne servent à rien. Car la loi française interdit explicitement, depuis toujours, le port de tout ce qui masque le visage, sauf en période de carnaval. La loi interdit donc depuis toujours le port de cagoules et de niqabs ou de burqas. Si l’on ne veut pas voir de cagoules ni de burqas, il n’y a qu’à appliquer la loi… A ma connaissance, seul Jean-Marie Le Pen a rappelé ce fait, qui montre que le débat est sans objet.

Néanmoins il s’est instauré aussi dans la mouvance nationale. Oubliant que la loi interdit déjà les vêtements qui cachent le visage, certains pensent qu’il faut une loi spécifique, au nom de la défense de l’identité française. On connaît l’opinion de Jean-Marie Le Pen sur la question, il l’a maintes fois exprimée : l’augmentation du nombre de femmes voilées montre aux yeux de tous la progression de l’immigration sur notre territoire. Cette opinion prend aujourd’hui un relief particulier. Car ces députés qui ne veulent plus voir de niqabs ni de burqas n’ont aucune intention de défendre l’identité française. Ce sont des immigrationnistes. Et leur but est précisément, sous couvert d’une «laïcité» qui sert à tout, de cacher la progression de l’immigration la plus islamiste et de l’islam le plus radical. […]

Si l’on interdit aux femmes de porter le niqab, elles ne le feront plus, mais elles seront toujours là. Or il vaut mieux savoir à qui l’on a affaire, dans ce cas comme de façon générale. […] Les femmes dépouillées de leur niqab seront toujours islamistes, et même davantage encore puisqu’elles se sentiront persécutées. C’est le type même du faux problème auquel on veut apporter de fausses solutions à partir de faux principes. Le vrai problème est celui de l’immigration islamique. »

25/06/2009, Burqa un faux débat ou comment détourner l’attention des problèmes sociaux, Alternative libertaire

Les musulman-es sont stigmatisé-es parce que ils et elles sont massivement des prolétaires d’ascendance migratoire et coloniale, et parce qu’il existe tout aussi massivement en France une culture chrétienne dominante et particulièrement prégnante.

La burqa et le niqab sont indéfendables. Surtout s’ils sont revêtus sous la contrainte. En même temps, il est idéologiquement hors de question de se baigner dans le même marigot islamophobe que celles et ceux qui se délectent d’y patauger afin de maquiller leur racisme anti-arabe en vertu laïque.

26/06/2009, Burqa en débat, Le Monde

Prohiber par la loi le port de la burqa ou du niqab soulèverait, en effet, deux questions plus qu’épineuses. D’une part, au nom de quel argument ou de quel principe interdire à des femmes majeures une tenue vestimentaire, quelle qu’elle soit, dans l’espace public, sauf à confondre le législateur français avec une assemblée d’oulémas ? Ce qui a été décidé pour les établissements scolaires, précisément parce qu’il s’agissait des jeunes et de l’école, trouve, là, sa limite. D’autre part, sauf à imaginer une détestable ou ridicule police des moeurs, comment appliquer une telle interdiction, si le choix en était fait ?

26/06/2009, Didier Pourquery, La cagoule et la burqa, rien à voir !, Le Monde

Nicolas Sarkozy, chanoine de Latran qui aime l’ordre, n’aime pas les cagoules dans les manifs. Quant aux signes religieux ostentatoires, il est contre. Ainsi, depuis 2004 il est contre le port du voile à l’école (du moins quand Barack Obama n’est pas dans les parages), au nom de la laïcité. Mais, on le sait, ledit chanoine a une drôle de conception de la laïcité dès qu’il s’agit de flatter le Vatican. Pour la burqa donc, histoire de ne pas perdre la face, il a soutenu l’idée d’une mission d’information parlementaire. C’est sage. L’interdiction, toujours possible sur le papier, se heurterait n’en doutons pas à de redoutables difficultés d’application de la loi.

26/06/2009, Une burqa faussement simple, Les Echos

Une loi interdisant le port de la burqa dans la rue ne pourrait donc se fonder sur le principe de laïcité. Si elle invoquait le principe de dignité, encore faudrait-il expliquer en quoi le port de ce vêtement est plus indigne que la manière dont la femme est représentée dans certains films ou magazines. Et si la loi invoque le principe de liberté, comment s’assure-t-on que le port de ce vêtement est imposé et non un choix libre ? Enfin, si l’on prend cette mesure d’interdiction générale, comment éviter l’effet pervers qui conduirait certaines de ces femmes à s’enfermer dans leur domicile et à s’isoler encore davantage de la société moderne ?

26/06/2009, Cette burqa qui cache la forêt…, Algérie-focus

La burqa ne serait après tout, que l’arbre qui cache la forêt de la crise, des délocalisations, des licenciements, du chômage galopant, du pouvoir d’achat en berne, de la visite du premier ministre israélien Netanyahou à Paris et tutti quanti…

A la fin, on est tenté de conclure que la burqa ne cache pas seulement le visage et le corps de la femme, elle cache surtout les vrais desseins des politiques et leur manque de solutions aux véritables problèmes qui laminent la société française…

27/06/2009, Jean-François Copé, Acte 2 du quinquennat : les trois défis pour préparer l’après-crise, Slate

Les Français ont le moral en berne… Alors que la crise est source d’inquiétude et d’angoisse dans beaucoup de familles, on sent notre communauté nationale fragilisée. Tantôt à la recherche de boucs émissaires. Tantôt à la recherche d’elle-même. Pourtant, pour traverser les épreuves, nous avons besoin d’un France rassemblée.

Qu’on soit Français issu de l’immigration récente ou ancienne ou bien Français depuis des générations, nous devons chacun nous poser la question suivante : comment renforcer notre communauté nationale?

Pour y répondre, il faut rappeler le projet français: construire un destin commun entre tous les citoyens, quels que soient leurs origines, leur histoire, leur couleur de peau ou leur nom de famille. Ce projet ne s’appelle pas seulement liberté mais aussi égalité et fraternité. C’est peut-être ce qui différencie la France d’autres démocraties libérales.

Assumons-le et essayons de prolonger ensemble l’aventure nationale, avec générosité et ouverture. Mais sans naïveté par rapport à des pratiques qui remettent en cause des fondements du vivre ensemble. Je pense par exemple au port de la burqa, qui me choque profondément. Elle est à mes yeux une atteinte insupportable à la dignité de la femme. Les parlementaires se sont saisis de cette question à travers une mission d’information. Il ne s’agit pas de légiférer dans l’urgence mais de réfléchir à l’articulation entre la liberté – celle de s’habiller comme on l’entend -, l’égalité – notamment entre l’homme et la femme – et la fraternité, – qui est incompatible avec le repli sur soi et le refus du contact avec l’autre dans l’espace public.

Sans esprit polémique, ni crispation, nous devons ouvrir ce débat le plus largement possible. Il est l’occasion pour les Français de réfléchir ensemble sur le vivre ensemble dans une société moins homogène que par le passé. Au cœur de la crise, construire une France unie est plus que jamais indispensable.

27/06/2009, Olivier CHAVAZ, Burqa : un débat biaisé, Le Courrier

[…] les chercheurs ne possèdent pas, à l’heure actuelle, de données fiables sur le phénomène. Quelle est son ampleur ? Aucune idée. Quelles sont les raisons qui conduisent des musulmanes à revêtir le voile intégral ? La contrainte ? Le repli identitaire ? L’affirmation d’une différence ? Aucune certitude, seulement des hypothèses. Evoquer, dans ces conditions d’ignorance, le bannissement de la burqa revient à se livrer à une guerre idéologique qui se répercutera négativement sur l’ensemble de la communauté musulmane. Une de plus, est-on tenté d’ajouter.

Mais si des limites se révèlent nécessaires, il serait alors judicieux de convaincre ceux qui sont censés les respecter plutôt que de promulguer des lois aux relents de «choc des civilisations». Comment les musulmans ne ressentiraient pas comme une stigmatisation supplémentaire le fait de leur imposer un code vestimentaire ? Ne feignons pas d’ignorer que les inégalités économiques, toujours plus révoltantes, forment la principale menace sur nos sociétés. Bien davantage que tous les extrémismes religieux réunis.

27/06/2009, Voile, niqab et burqa : symboles d’oppression des femmes, Lutte Ouvrière

La pratique qui consiste à voiler intégralement le corps de la femme la réduit à un fantôme ambulant, invisible et donc inaccessible au regard d’autrui. La burqa ou le niqab ne sont plus des symboles d’enfermement mais constituent l’enfermement lui-même, une véritable prison ambulante. La femme n’a alors plus le droit d’exister dans l’espace public. Mais, pour violents qu’apparaissent la burqa et le niqab, le voile lui-même revient à considérer la femme comme un objet appartenant aux hommes. C’est une marque d’infériorité imposée qui consacre la soumission de la femme en tant qu’objet sexuel, sommé de se protéger sous peine de mériter l’agression. Sa seule vocation serait celle d’une reproductrice devant se consacrer à son mari, à ses enfants et aux tâches domestiques.

28/06/2009, Alain GRESH, Iran et burqa, Les blogs du Diplo

Quoi qu’il en soit, les deux « sujets » qui ont fait l’actualité ces derniers jours, ont effectivement, un point commun : l’islamophobie. On peut, et on doit, considérer la burqa comme une régression ; on peut, et on doit, dénoncer la fraude massive qui a marqué l’élection présidentielle iranienne. Mais on peut le faire sans tomber dans l’amalgame, ni considérer que nous sommes entrés dans une troisième guerre mondiale contre l’islam ou que nous devons nous unir contre « le fascisme islamique ».

Un des arguments les plus souvent repris par ceux qui défendent une loi est que les hôtes de la France, ceux que nous accueillons, doivent se soumettre aux lois de la République. Ou alors, qu’ils s’en aillent !

Drôle de conception, quand on sait qu’une grande partie de ces hôtes sont des Français, certains même des Français de souche. Mais, à supposer même qu’ils soient tous naturalisés, proposerons-nous, comme en 1940 sous Vichy, de déchoir ces femmes (et seulement elles) de leur nationalité, sous prétexte qu’ils ont, comme le disait l’extrême droite dans les années 1930 de tous ces métèques, un « faux nez français » ?

Je ne reviendrai pas ici sur le problème de l’égalité hommes-femmes qui est le prétexte avancé pour une nouvelle loi. Juste pour rappeler que, dans notre pays, nous sommes loin de l’égalité, que les femmes, aussi bien les « Françaises de souche » que les autres, subissent de nombreuses violences et discriminations qu’il faut combattre sans défaillance. Et que, trop souvent, la situation des femmes musulmanes est un prétexte pour oublier la situation des autres femmes.

28/06/2009, La mission parlementaire à pied d’œuvre cette semaine, La Croix

Le principe du recours à la loi, qui divise au sein même du gouvernement, n’est pas acquis d’avance. La jurisprudence a d’ailleurs déjà posé un certain nombre de balises. Ainsi le Conseil d’État a-t-il récemment admis que les autorités puissent refuser la naturalisation d’une femme portant la burqa. En revanche, un office HLM qui refuse un logement – espace de vie privé – pour ce motif risque d’être attaqué pour discrimination. En avril, Le Canard enchaîné a révélé qu’une telle décision avait été prise à Vénissieux, la commune d’André Gerin.

29/06/2009, Burqa : la France se voile-t-elle la face ?, Tribune des Droits Humains

S’engouffrant dans la brèche en Suisse, Christophe Darbellay, le président du PDC [Parti démocrate-chrétien, centre], a souhaité qu’un débat y ait lieu aussi. Pour l’instant, la plupart des politiciens qui se sont exprimés dans la presse trouvent une interdiction contre-productive, le nombre de femmes entièrement voilées étant dérisoire en Suisse – il s’agit surtout de quelques Saoudiennes et musulmanes du Golfe fortunées qui déambulent en été sur les quais de Genève.

Alors, la burqa est-elle dangereuse ? Elle peut l’être pour Mahdi Jahandar, un chercheur iranien qui a réalisé un film sur la place de la Vierge Marie dans la religion musulmane. Pour ce spécialiste du dialogue interreligieux, il ne faut pas se voiler la face : « Dans les sociétés occidentales, pouvoir identifier le visage d’une personne sur les documents d’identité est indispensable à la sécurité. Certains attentats en Iraq ont été commis par des femmes, ou des hommes, qui se cachaient sous la burqa. »

Il n’y a pas de montée de l’intégrisme en France. C’est l’avis de Khadija Mohsen, chercheuse à l’Institut français des relations internationales, pour qui on ne peut pas associer burqa et terrorisme. « Il faut voir au cas par cas ce que le voile intégral représente pour ces femmes, analyse-t-elle. Beaucoup de choses ont été dites sur la soumission de la femme, mais nous vivons dans un monde globalisé où les modes sont influencées par les télévisions satellitaires. On importe ce comportement vestimentaire comme on a importé le jean. »

La spécialiste des questions de sécurité reconnaît que la burqa renvoie à quelque chose de négatif, associé au terrorisme, « mais certaines vont poser des bombes en jean. On n’est pas face à un mouvement global, mais à des cas isolés qu’il ne vaut pas la peine de stigmatiser. »

Justement, une mission parlementaire pour mieux comprendre le phénomène ne serait-elle pas opportune ? Elle ne le croit pas : « Sur quoi va-t-elle déboucher ? Et qui va débattre ? Si ce sont des féministes et des gens sensibles aux droits de l’homme, on ne va pas avancer. Il faudrait pouvoir interroger ces femmes elles-mêmes. » Le mieux est donc de les laisser vivre en paix, sans prétexter leur manque de socialisation : des tas de femmes vivent recluses, dépriment, mais on ne s’en occupe pas. « Ces femmes ne sont pas dans l’espace public. Elles ne peuvent ni enseigner, ni travailler, ni représenter la République française. Mais chaque fois que la classe politique est en crise, on focalise sur le voile. » conclut-elle.

29/06/2009, Jean-Marc Salvet, Se voiler l’esprit, Cyberpresse

Ni le droit français, ni le droit européen ne permettraient qu’une loi interdise de porter un vêtement, fut-il un voile intégral, au parc ou à la boulangerie du coin.

Sans compter que ce n’est pas ainsi que l’objectif d’intégration serait atteint. En chassant ces femmes de tout l’espace public, on les enfermerait chez elles.

Contrairement à ce que certains prétendent, d’ailleurs, aucun État n’a légiféré en ce sens. Ni l’Italie, où des femmes portent le voile intégral à Rome et à Milan, ni aucun autre pays européen. Ce sont des municipalités qui ont édicté des règlements, lesquels ne sont généralement pas appliqués – quand ils ne sont pas annulés par les tribunaux.

29/06/2009, Abdennour Bidar, Aucune justification religieuse à la burqa, Le Monde

Il s’agit d’un voile intégral, formé d’une ou deux pièces qui recouvrent la totalité du corps, le visage compris, ne laissant voir que les yeux – le regard étant même le plus souvent dissimulé par une grille de tissu ou un voile plus fin. Il faut donc distinguer la burqa du simple voile (hidjab), qui ne couvre que la tête et parfois les épaules de certaines musulmanes, laissant le visage découvert, et qui peut être noué soit derrière la tête, soit devant. Il y a voile et voile.

La burqa ne peut donc se prévaloir d’aucune justification historique, ni dans le Coran ni dans les moeurs traditionnelles de la plupart des peuples musulmans. C’est une innovation dont le caractère islamique est plus que discutable et dans laquelle de très nombreux musulmans ne se reconnaissent pas. Ils en souffrent et sont les premiers à se désoler qu’une fois de plus certains musulmans donnent une image caricaturale de leur culture, entretenant les pires stéréotypes à son sujet.

[…] il ne faudrait pas que ce débat – nécessaire parce qu’il conduit l’islam à affronter ses propres démons, mais dont il faut relativiser la gravité ou l’urgence parce qu’en France il ne s’agit que d’une pratique ultraminoritaire – jette l’opprobre sur tous les types de port du voile, et que l’islam se retrouve stigmatisé comme religion misogyne.

[…] l’affaire est en réalité complexe. On ne peut souhaiter que deux choses : qu’elle soit l’opportunité pour les musulmans de manifester leur opposition très majoritaire à cette pathologie de leur culture ; qu’elle permette ensuite à la société française de prendre la mesure de la diversité des façons d’être musulman et de se débarrasser d’une représentation monolithique de l’islam – que la vision des burqas risque en effet d’aggraver.

29/06/2009, Des créateurs apportent une touche de glamour aux traditionnelles abayas, AFP

Cette tenue traditionnelle portée par des millions de femmes musulmanes sur leurs vêtements couvre tout le corps sauf le visage, les mains et les pieds, dessinant des silhouettes noires aux contours flous qui se ressemblent toutes.

Une uniformisation qui ne plaît guère aux femmes d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis aussi amatrices de mode que les « fashionistas » occidentales et assez fortunées pour fréquenter les maisons de couture dont elles constituent une bonne partie de la clientèle.

« J’ai constaté que les femmes portaient des vêtements de créateurs mais que dehors, elles devaient les couvrir », explique la directrice générale de Saks Fith Avenue en Arabie saoudite, Dania Tarhini. Cette Libanaise a eu l’idée de demander à une vingtaine de créateurs de mode de créer des abayas pour que les femmes « les portent avec plaisir, pas seulement par obligation ».

29/06/2009, L’abaya, bienvenue en France, Libération

Mais cette collection est aussi – et surtout – une question de business, un nouveau marché aux pays des pétrodollars. Les riches Saoudiennes portent déjà des sacs Dior et des robes Prada. Pourquoi pas une abaya siglée ?

29/06/2009, Le voile bleu de l’intolérance, Le Figaro

Si le port de la burqa se répand en France, alors plus un soldat français ne doit risquer sa vie en Afghanistan. La burqa, ce n’est pas un voile bleu qui couvre une femme musulmane de la tête aux pieds, c’est un drapeau, celui d’«une présence concrète du fondamentalisme sur notre sol», dit Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la Ville. La burqa, dit-elle encore, c’est «le cercueil dans lequel on enferme les libertés fondamentales des femmes». Si on laisse cette pratique se propager chez nous, au nom de quoi irait-on la combattre, les armes à la main, chez les talibans ? Derrière ce voile bleu ne se dissimule pas une femme ni une foi mais une violence politique. Dans les provinces qu’ils ont reconquises au Pakistan ou en Afghanistan, les talibans n’ont pas seulement généralisé la burqa mais rétabli la lapidation et fermé les écoles de filles.

29/06/2009, Serge LEFORT, Chacun est libre de porter tel vêtement que bon lui semble, Monde en Question

On retrouve la même coalition hétéroclite et les mêmes arguments dans l’affaire du voile et celle de la burqa. La coalition rassemble des membres de tous les partis et de toutes les organisations d’Arlette Laguiller à Jean-Marie Le Pen, mais pas la majorité de chaque camp. Les arguments, qui puisent dans les valeurs du politiquement correct : principes républicains, laïcité et libération de la femme, sont des habillages sémantiques du racisme ordinaire et du nouvel ordre moral.

L’agitation médiatique sur le voile et la burqa réunit dans la confusion la plus totale ceux qui veulent intégrer et ceux qui veulent exclure. Cette alliance contre-nature se réalisa sous la IIIe République pour mener une politique coloniale au nom de la civilisation.

Les belles déclarations sur les principes républicains, la laïcité et la libération de la femme égarent les militants et les militantes qui se battent pour ces causes qui deviennent des alibis pour imposer une croisade contre les musulmans et un nouvel ordre moral.

Lire aussi :
• Revue de presse Voile, Monde en Question.
• Bibliographie Voile & Burqa, Monde en Question.
• Bibliographie Vêtement, Monde en Question.
• Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
• Bibliographie Racisme, Monde en Question.

Chacun est libre de porter tel vêtement que bon lui semble


Le 17 juin, à l’initiative du député communiste André Gerin, une cinquantaine de parlementaires demandent la création d’une commission d’enquête relative au port de la burqa sous prétexte que «il y en a de plus en plus, non seulement dans les grandes villes, mais aussi dans le monde rural. Il faut sortir d’une sorte de silence des responsables politiques de ce pays». «La vision de ces femmes emprisonnées nous est déjà intolérable lorsqu’elle nous vient d’Iran, d’Afghanistan, d’Arabie saoudite… Elle est totalement inacceptable sur le sol de la République française» [1].
Le 24 juin, Un commando de nervis de la CGT «au crâne rasé» a délogé les travailleurs sans-papiers de la Bourse du travail à coups de bâtons et de gaz lacrymo sous prétexte de «mettre un terme à une occupation [de la Bourse du Travail] qui était devenue un squatt» [2].
Le lien entre ces deux affaires est le racisme colonial qui, de l’extrême droite à l’extrême gauche, gangrène la société française depuis presque deux siècles.

On retrouve la même coalition hétéroclite et les mêmes arguments dans l’affaire du voile et celle de la burqa. La coalition rassemble des membres de tous les partis et de toutes les organisations d’Arlette Laguiller à Jean-Marie Le Pen, mais pas la majorité de chaque camp. Les arguments, qui puisent dans les valeurs du politiquement correct : principes républicains, laïcité et libération de la femme, sont des habillages sémantiques du racisme ordinaire et du nouvel ordre moral.

Ceux qui sont prêts pas à interdire le port d’un vêtement (hier le voile, aujourd’hui la burqa et demain ?) au nom des principes républicains violent, sans peut-être le savoir, l’un des des principes républicains :

8 BRUMAIRE an 2 (29 octobre 1793)
Décret relatif aux vêtements des personnes des deux sexes (L. 16, 346 ; B. 36, 83.)

Art. 1er. Nulle personne de l’un et de l’autre sexe ne pourra contraindre aucun citoyen ni citoyenne à se vêtir d’une manière particulière sous peine d être considérée et traitée comme suspecte et poursuivie comme perturbateur du repos public. Chacun est libre de porter tel vêtement et ajustement de son sexe que bon lui semble.

Art. 2. La Convention nationale n’entend point déroger aux précédens décrets rendus sur le fait de la cocarde nationale, sur le costume des prêtres et sur les travestissemens ainsi qu’à tous autres décrets relatifs au même objet.

Art. 3. Le présent décret sera inséré dans le Bulletin du 9 brumaire.

Source : Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlemens avis du Conseil d’état

Ceux qui s’insurgent du port d’un vêtement par les musulmans au nom de la laïcité seraient bien inspirés de commencer par balayer devant leur porte en luttant contre le poids de la religion catholique dans les institutions publiques, dans l’enseignement et dans la vie quotidienne : le calendrier scolaire, par exemple, est fondé sur celui de l’Église catholique.

Il est affligeant de voir des militants, qui ont perdu la bataille de la création d’un grand service public de l’éducation, préférer la chasse aux musulmans à la lutte contre le financement de l’école privée confessionnelle.

Combien s’émeuvent du fait que des maires, comme celui de Paris, financent des associations catholiques qui font tant de bénéfices qu’elles les placent en bourse ? Le Canard enchaîné dénonce régulièrement l’aide massive à l’école privée catholique aux dépends de l’école publique, le financement public d’associations catholiques et les dérives sectaires au sein de l’Eglise catholique.

Ceux enfin qui prétendent parler au nom des femmes sont étrangement muets sur le racisme dont sont victimes les femmes d’origine étrangère en matière d’emploi, de logement ou de droits sociaux. L’affaire des travailleurs sans-papiers concernent aussi les femmes : mères, épouses, compagnes, sœurs ou filles de ceux qu’on traquent comme des bêtes.

Les discours sur la libération de la femme sonnent creux quand ceux qui les prononcent se désintéressent des femmes contraintes par la religion catholique ou juive car l’islam n’a pas l’exclusivité de pratiques contraires à l’égalité entre les sexes.

Les envolées lyriques contre le voile et la burqa masquent le silence des féministes sur le voile catho-laïque de la mariée, symbole de la soumission de l’épouse à son mari, et sur le foulard qui, même relooké par les grandes marques, reste le symbole de la pudeur imposée aux femmes par la religion catholique.

L’agitation médiatique sur le voile et la burqa réunit dans la confusion la plus totale ceux qui veulent intégrer et ceux qui veulent exclure. Cette alliance contre-nature se réalisa sous la IIIe République pour mener une politique coloniale au nom de la civilisation.

Il faut le dire nettement : oui, les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures.
Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a pour elles un devoir, qui est de civiliser les races inférieures.
Jules Ferry
MANCERON Gilles (textes présentés par), 1885 – Le tournant colonial de la République, La Découverte, 2006

Les belles déclarations sur les principes républicains, la laïcité et la libération de la femme égarent les militants et les militantes qui se battent pour ces causes qui deviennent des alibis pour imposer une croisade contre les musulmans et un nouvel ordre moral.

Le discours politico-médiatique sur le vêtement nommé burqa est artificiel et totalement biaisé. Il relève de l’idéologie du racisme colonial. Je recommande, pour conclure, la lecture de la contribution de Geneviève PETIOT, Voile, tchador ou foulard ? – Problèmes de dénomination dans les discours médiatiques in BEACCO Jean-Claude et MOIRAND Sophie (sous la direction de), Les enjeux des discours spécialisés, Presses Sorbonne Nouvelle, 1995.

Serge LEFORT
28/06/2009

Lire aussi :
• Revue de presse Burqa, Monde en Question.
• Revue de presse Voile, Monde en Question.
• Bibliographie Voile & Burqa, Monde en Question.
• Bibliographie Vêtement, Monde en Question.
• Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
• Bibliographie Racisme, Monde en Question.


[1] Revue de presse :
• 17/06/2006, Des députés réclament une commission d’enquête sur le port de la burka, Le Monde
• 17/06/2006, « Ni putes ni soumises » veut un débat, Le Point
• 17/06/2006, Les burqas et les niqabs inquiètent, France Info
[2] Revue de presse :
• 24/06/2006, «Ils sont rentrés et ont balancé les lacrymo», Libération
• 24/06/2006, La CGT évacue de force les sans-papiers, Rue89
• 25/06/2006, «Maintenant, ce sera les CRS ou les papiers», Libération
• 25/06/2006, Très dur avec les faibles, si doux avec les puissants – Honte à toi, camarade cégétiste !, Article11
• 26/06/2006, Sans-papiers : en plein Paris, la rue pour dortoir, Rue89

Gaza s'enfonce dans la pauvreté et le désespoir


Pendant que le petit monde politico-médiatique s’agite sur le port d’un vêtement nommé burqa, que le PCF lance une croisade contre les musulmans pour imposer un nouvel ordre moral et que la CGT fait la chasse aux travailleurs sans-papiers, les 1,5 millions de Palestiniens de Gaza connaissent une pauvreté de plus en plus grande et n’ont pas les moyens de rebâtir leur vie après la dernière agression militaire israélienne et deux ans de blocus quasi total.

Les restrictions draconiennes à l’entrée de marchandises sur le territoire freinent les efforts de reconstruction financés par la communauté internationale, qui a pourtant promis 4,5 milliards de dollars d’aide.

La population manque de médicaments, les services de santé et l’approvisionnement en eau sont sur le point de s’effondrer, ajoute le CICR dans un rapport publié lundi.

« Certains quartiers de Gaza particulièrement touchés par les frappes israéliennes continueront à ressembler à l’épicentre d’un tremblement de terre majeur tant que l’on autorisera pas l’entrée sur le territoire de grandes quantités de ciment, d’acier et autres matériaux de construction », écrit le CICR.

De nombreux habitants « sombrent dans un désespoir de plus en plus profond », estime l’organisation.

Les hôpitaux sont dans un état lamentable, une grande partie de leur équipement n’est pas fiable et les coupures de courant sont fréquentes.

« Le système de santé à Gaza ne permet pas d’assurer un traitement adéquat pour les maladies graves. Il est tragique de constater que de nombreux patients ne sont pas autorisés à quitter à temps la bande de Gaza pour être soigné ailleurs », indique le rapport.

On assiste à « un accroissement dramatique de la pauvreté », estime le CICR, en soulignant que l’effondrement économique du territoire, conséquence de l’enfermement du territoire, ont porté le taux de chômage à 44% en avril.

Plus de 70% des Gazaouites vivent en-dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 250 dollars par mois pour une famille pouvant aller jusqu’à neuf membres.

Reuters-Yahoo! Actualités

Lire aussi :
Rapport du CICR
Blocus de Gaza

Serge LEFORT
29/06/2009