Monde en Question

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Archives Journalières: 26/06/2009

Amnon Kapeliouk est mort


Notre collaborateur Amnon Kapeliouk est mort. Agé de 78 ans, il avait envoyé son premier article au Monde diplomatique en janvier 1969, Israël et les deux super puissances, un texte consacré aux Palestiniens des territoires occupés. En juin 1972 déjà, il signait dans nos colonnes une étude intitulée : L’implantation des colonies israéliennes dans les territoires occupés crée des faits accomplis irréversibles. Né en Palestine sous mandat britannique, il a travaillé dans plusieurs organes de presse israéliens, notamment le journal de gauche Al-Hamishmar et le plus grand quotidien israélien, Yediot Aharonot, dont il fut le correspondant à Moscou à la fin des années 1980, alors que s’achevait la perestroïka et que naissait la nouvelle Russie.

Journaliste engagé, homme de conviction, Amnon, qui avait acquis la nationalité française, a pu notamment couvrir le développement de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), et rencontrer ses divers dirigeants, à une époque où le gouvernement israélien les taxait de terrorisme. En août 1982, alors que l’armée israélienne encerclait et bombardait Beyrouth, il avait pu interviewer Yasser Arafat avec lequel il maintiendra d’étroites relations et auquel il consacrera un livre, Arafat, l’irréductible (Fayard, 2004). Il publiera aussi, en 1982, Sabra et Chatila, enquête sur un massacre (Le Seuil), un livre qui revient sur la boucherie menée par les milices d’extrême droite libanaises dans les deux camps palestiniens du Liban, en septembre 1982, sous l’œil complaisant des troupes israéliennes.

Partisan des accords d’Oslo de 1993, dont il espérait qu’ils déboucheraient sur la création d’un Etat palestinien, il critiqua néanmoins sans complaisance la politique israélienne qui suivit, montrant comment le non-respect des engagements pris conduisait à une impasse. Il fut le premier journaliste occidental, dès le mois de septembre 2000, à expliquer ce qui s’était vraiment passé au sommet de Camp David (juillet) entre Arafat, Ehoud Barak et le président Clinton, et à montrer que les propositions israéliennes ne correspondaient ni au droit international ni à la parole donnée.

Amnon a écrit son dernier article dans Le Monde diplomatique de mars 2009 sur Le combat solitaire de Ha’aretz.

Il laissera le souvenir d’un journaliste infatigable, d’un homme déterminé, d’un ami chaleureux. L’équipe du Monde diplomatique exprime à sa veuve Olga, elle aussi collaboratrice de notre mensuel, ainsi qu’à sa famille, ses sincères condoléances.

Le Monde diplomatique

Lire aussi :
• Dossier Amnon KAPELIOUK
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

La farce d'une solution à deux États


La Réunion Asie-Pacifique des Nations Unies sur la question de Palestine s’est penchée ce matin sur la question « complexe » de Jérusalem, et des experts ont prévenu que l’absence d’une solution juste à cette question rendrait impossible la création de deux États.

S’exprimant dans le cadre d’un forum sur « l’impératif d’une solution juste à la question de Jérusalem », l’Ambassadeur de l’Autorité palestinienne en Malaisie a décrit les divers moyens par lesquels Israël empiète sur Jérusalem-Est. Il a cité les colonies de peuplement, la construction de routes et celle du mur de séparation, ainsi que les multiples mesures administratives.

Abdelaziz Abougoush a déclaré que les Palestiniens n’accepteraient pas un statut qui ne prévoirait pas Jérusalem-Est comme capitale. L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) est disposée à envisager une solution où Jérusalem deviendrait une ville ouverte à la fois aux Palestiniens et aux Israéliens, soit la capitale de deux États.

Un habitant israélien de Jérusalem a prévenu que le « bassin sacré » était « le centre volcanique » de la question de Jérusalem et que les organisations de colons extrémistes cherchaient activement à déplacer les Palestiniens et à faire dérailler le processus de paix. Le Président Obama, a-t-il averti, doit comprendre qu’il n’existe aucune alternative à l’engagement sur la question. Un non-engagement sonnerait « l’arrêt de mort » de la solution à deux États, a souligné cet intervenant.

Un urbaniste palestinien a décrit cinq scénarii possibles pour la future Jérusalem, dont l’un, la « cité des ponts » permettrait d’avoir deux capitales, politiquement séparées mais physiquement reliées l’une à l’autre, soit une ville de diversité et d’égalité et un centre universel du règlement du conflit israélo-palestinien.

Un théologien d’Indonésie a proposé un point de vue éthique, soulignant la nécessité d’une ville ouverte aux juifs, aux chrétiens et aux musulmans, ainsi qu’à tout autre individu sous garanties internationales. Il a appelé à la protection des droits de ceux qui vivent actuellement à Jérusalem.

La perspective de l’Union européenne a été décrite par un journaliste de Bruxelles, tandis qu’un professeur de relations internationales en Indonésie a attiré l’attention sur le soutien dont la cause palestinienne bénéficie au sein des organisations de la société civile indonésienne.

ONU

La Réunion Asie-Pacifique des Nations Unies sur la question de la Palestine s’est achevée aujourd’hui par l’adoption d’une déclaration qui appuie fermement la solution de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité.

Cette réunion, qui se tenait sur deux jours, était organisée par le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien en vue d’encourager une large mobilisation internationale, notamment des pays d’Asie et du Pacifique, pour parvenir à une solution négociée du conflit israélo-palestinien.

Parmi les participants, on comptait des experts israéliens et palestiniens de renommée internationale, des représentants des États Membres et observateurs de l’ONU, des parlementaires, des représentants du système des Nations Unies et d’autres organisations intergouvernementales, ainsi que des représentants de la société civile, du milieu universitaire et des médias.

Aux termes de la « Déclaration de clôture des organisateurs », les participants ont souligné que la création des deux États, Israël et la Palestine, vivant côte-à-côte en paix et en sécurité, ne peut être basée que sur le droit international, les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et des autres organes des Nations Unies. Une solution négociée à la question de Jérusalem, basée elle aussi sur le droit international, est essentielle non seulement pour résoudre le conflit israélo-palestinien, mais aussi pour une paix durable dans toute la région, poursuit la Déclaration.

Les participants ont déploré le manque de soutien de la part du Gouvernement israélien actuel pour une solution de deux États et dénoncé la multiplication des colonies, en particulier à Jérusalem et dans ses alentours. Ils ont aussi exprimé leur grave préoccupation face à la dégradation de la situation dans la bande de Gaza qui est toujours assiégée. Mais les participants se sont dits encouragés par les propos prononcés récemment par le Président des États-Unis, Barack Obama, sur la nécessité pour Israël de cesser ses activités de colonisation.

Dans ses remarques, le Directeur général des affaires multilatérales du Ministère des affaires étrangères de l’Indonésie, Rezlan Ishar Jenie, a relevé les signes d’espoir que l’on pouvait voir malgré les terribles conditions de vie du peuple palestinien. Pour passer de l’espoir à la réalité, a-t-il ajouté, il faut que tous les acteurs en présence reconnaissent les grands défis qu’il reste à relever et passent à des actions concrètes. Il a souligné l’urgence de réactiver le processus.

L’Observateur permanent de la Palestine auprès des Nations Unies à New York, Riyad Mansour, a, pour sa part, souligné que le consensus international sur la solution de deux États et la nécessité pour Israël de cesser les activités de colonisation soient transformés en volonté politique pour qu’Israël, puissance occupante, change d’attitude et que des négociations de bonne foi puissent commencer sur les questions relatives au statut final.

Pour Paul Badji, du Sénégal, qui préside le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, la solution de deux États est la seule façon de rendre justice au peuple palestinien, une justice qu’on leur nie depuis longtemps.

Avant la clôture de cette réunion, des universitaires japonais, néo-zélandais, chinois et malaisiens ont décrit l’appui apporté par les pays de l’Asie et du Pacifique à un règlement définitif du conflit israélo-palestinien.

ONU

Israël tabasse des enfants


Les droits des enfants palestiniens sont régulièrement violés par les forces de sécurité israéliennes, selon un nouveau rapport qui affirme que les passages à tabac et la torture sont routiniers

En outre des centaines de mineurs palestiniens sont poursuivis chaque année par Israël sans procès décent et privés de visites de leur famille.

Les conclusions de l’association « Defence for Children International » (DCI) suivent de peu les révélations de soldats et de hauts responsables militaires israéliens selon lesquelles c’est une « procédure normale » en Cisjordanie afin de terroriser les civils palestiniens, notamment les enfants.

Le Colonel Itai Virob, commandant la Brigade Kfir, a révélé le mois dernier que pour accomplir une mission, « l’agressivité vis-à-vis de chacun des habitants du village est habituelle ». Il ajoutait que les interrogatoires comprennent gifles, coups de poing et coups de pied.

A la suite de quoi Gabi Ashkenazi, chef des services armés, a été forcé de comparaître devant le parlement israélien pour désavouer le comportement de ses soldats. Les tabassages seraient « absolument interdits », a-t-il dit aux députés.

Le Colonel Virob a formulé ses remarques au tribunal pendant un témoignage soutenant la défense de deux soldats, notamment son commandant adjoint, accusés d’avoir battu des Palestiniens dans le village de Kaddum près de Naplouse. L’un d’eux a déclaré à la cour que « dans les FDI [l’armée], les soldats sont éduqués pour l’agression ». Le Colonel Virob est venu confirmer son observation, disant que c’était une politique visant à « troubler l’équilibre » de la vie du village pendant les missions et que la grande majorité des agressions avaient lieu « contre des personnes non impliquées »

La semaine dernière, d’autres révélations sur de mauvais traitements à des Palestiniens, dont certains n’avaient que 14 ans, ont été diffusées à la télévision israélienne, montrant le matériel recueilli par des soldats dissidents faisant partie du projet « Breaking the Silence », qui braque les projecteurs sur les brutalités de l’armée.

Deux soldats servant dans le bataillon Haroub disent avoir été témoins de passages à tabac dans une école du village cisjordanien de Hares, au sud-est de Naplouse, lors d’une opération effectuée en mars pour faire cesser des jets de pierres. Beaucoup des personnes arrêtées n’étaient pas impliquées, disent les soldats.

Au cours d’une opération de 12 heures entamée à 03 heures du matin, 150 détenus, les yeux bandés, ont été menottés dans le dos avec des liens en nylon tellement serrés que leurs mains sont devenues bleues. Les pires tabassages, disent les soldats, ont eu lieu dans les toilettes de l’école.

Selon le témoignage d’un des soldats, un garçon de 15 ans environ a reçu « une gifle qui l’a jeté au sol ». Il ajoute que beaucoup de ses camarades « donnent des coups de genou [aux Palestiniens] simplement parce qu’ils s’ennuient, parce qu’on est là pendant 10 heures sans rien à faire, alors on tabasse les gens ».

Le tableau brossé par les soldats en service confirme les conclusions de DCI, qui notait que beaucoup d’enfants étaient ramassés lors de ratissages généraux après des troubles ou lors de rafles nocturnes tardives de leurs maisons.

Son rapport inclut un choix de témoignages d’enfants qu’il représentait en 2008, dans lesquels ceux-ci décrivent comment des soldats israéliens les battent ou comment des interrogateurs les torturent.

Un garçon âgé de 10 ans, identifié comme Ezzat H, a décrit une perquisition de sa maison familiale à la recherche d’un fusil. Il dit qu’un soldat l’a giflé et battu à coups de poing pendant deux heures d’interrogatoire, avant qu’un autre soldat ne pointe une arme sur lui. « Le canon de l’arme était à quelques centimètres de mon visage. J’étais tellement terrifié que je me suis mis à trembler. Il s’est moqué de moi ».

Un autre garçon, Shadi H, 15ans, dit que lui et son copain ont été forcés par des soldats de se déshabiller, dans une orangeraie près de Tulkarem, pendant que les soldats leur lançaient des pierres. Ensuite ils ont été battus à coups de crosse.

Jameel K, âgé de 14 ans, décrit comment il a été emmené dans un camp militaire où il a été agressé après quoi on lui a passé une corde au cou en un simulacre d’exécution.

Yehuda Shaul, de “Breaking the Silence”, dit que des soldats traitent tout Palestinien de plus de 12 ou 13 ans comme un adulte.

« Pour la première fois un soldat de haut grade [le col. Virob] nous a rejoints en soulevant cette question – même si ce n’était pas son intention – que l’usage de la violence physique contre les Palestiniens ne relève pas de l’exception mais d’une politique. Il y a quelques années, aucun officier haut gradé n’aurait eu le culot de le dire » ajoute-t-il.

Le rapport de DCI souligne également l’usage systématique de la torture par les interrogateurs de l’armée et de la police secrète, le Shin Bet, pour essayer d’arracher des confessions aux enfants, souvent dans des affaires de jet de pierres. Islam M, 12 ans, dit qu’on l’a menacé de lui verser de l’eau bouillante sur le visage s’il n’avouait pas avoir lancé des pierres, avant d le jeter dans un buisson épineux. Un autre garçon, Abed S, 16 ans, dit qu’il a eu les mains et les pieds attachés au mur d’un local d’interrogatoire en forme de croix pendant toute une journée, avant d’être mis à l’isolement pendant 15 jours.

Le mois dernier, le Comité des Nations Unie contre la Torture, un panel d’experts indépendants, a exprimé sa « profonde inquiétude » devant le traitement de mineurs palestiniens par Israël.

Selon le rapport de DCI, quelque 700 enfants sont inculpés chaque année devant des tribunaux militaires israéliens, avec des enfants de plus de 12 ans interdits de contact avec un avocat en cours d’interrogatoire.

Il ajoute que les interrogateurs ont l’habitude de bander les yeux et de menotter des enfants détenus pendant les interrogatoires et d’utiliser des techniques incluant gifles et coups de pied, privation de sommeil, détention en isolement, menaces contre l’enfant et sa famille, l’enfant étant ligoté pendant de longues périodes.

De telles pratiques ont été interdites par la Cour Suprême israélienne en 1999 mais des groupes israéliens en faveur des droits humains ont prouvé qu’elles sont toujours largement utilisées.

Dans 95% des cas, les enfants sont inculpés sur la base de confessions signées écrites en hébreu, langue que peu d’entre eux comprennent.

Une fois jugés, les enfants sont détenus, en violation du droit international, dans des prisons en Israël, où la plupart se voient interdire la visite de leur famille et où ils ne reçoivent que peu ou pas d’éducation.

« Yesh Din », un groupe israélien pour les droits de l’homme, rapportait en novembre dernier que les soldats se voient rarement infliger une mesure disciplinaire pour l’illégalité de leur conduite.

Les données de l’armée de 2000 à fin 2007 ont révélé que la police militaire n’avait inculpé des soldats que dans 78 enquêtes sur 1.268. La plupart des soldats ont reçu des sentences minimes.

Jonathan Cook
17/06/2009
Publié par Info-Palestine selon The National