Monde en Question

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Archives Journalières: 24/06/2009

Mai 68 en quarantaine


Pris depuis quarante ans entre captation d’héritage, travestissement et refoulement, entre mythification et délégitimation, l’événement Mai 68 a sans cesse été abordé dans les logiques conflictuelles de la commémoration (comme origine d’une modernité culturelle ou promesse d’émancipation) et de la dénonciation (comme signe d’une époque révolue ou de l’errance d’une génération). Dans un cas comme dans l’autre, la mémoire qu’il fallait garder s’imposait au détriment de l’histoire qu’il fallait faire, et la promotion en modèle (ou contre-modèle) se substituait à l’analyse des effets produits par l’événement et à la réflexion sur ses usages.

Même si plusieurs ouvrages proposant un état de la recherche sur Mai 68 paraissent cette année, et même s’ils contribuent à nourrir la connaissance historique et sociologique, l’essentiel de la vague éditoriale qui s’impose dans les librairies, les revues, les magazines et à la télévision reste d’ordre commémoratif, et elle confirme le primat accordé à l’essai et au témoignage plutôt qu’à la réflexion sur les processus qui traversèrent l’événement et conduisent jusqu’au présent.

Pour se soustraire à ces batailles de mémoire, il n’est donc pas inutile de proposer des perspectives d’analyse rigoureuses qui ne saisissent pas Mai 68 simplement comme un événement mais aussi comme un processus affectant un contexte, qui ne l’évaluent pas seulement du point de vue des principes (ou de « l’esprit ») dont il est censé s’être réclamé mais également du point de vue de ses effets.

Ce colloque associe plusieurs disciplines qui ont rarement été convoquées ensemble à ce propos. En revenant sur les effets philosophiques, sociaux et politiques, littéraires et artistiques de Mai 68, il se donne pour objectif d’en tracer les suites effectives et constatables, en associant la sociologie, l’histoire, les sciences politiques, les études littéraires, la sociologie de l’art et la philosophie.

L’enjeu de cette rencontre est d’analyser des répercussions concrètes sur nos manières actuelles de penser, d’agir et de créer. Il est aussi de prendre la mesure d’un fait souvent inaperçu : les regards croisés de la science politique, de la sociologie, de l’histoire des idées et de l’action artistique ne fournissent pas seulement les outils intellectuels pour évaluer les effets de Mai 68 dans l’espace social et dans le champ de la pensée contemporaine ; ils en sont à bien des égards également les résultats.

A cette fin, les ressources distinctes et les spécialisations complémentaires de trois laboratoires de l’ENS LSH sont mobilisées : Triangle, avec ses compétences en science politique et en sociologie, le Cerphi, avec ses méthodes d’histoire des idées, de contextualisation des débats et d’analyse des controverses qui structurent le champ intellectuel, et le CEP, avec sa vocation d’expérimentation poétique et d’engagement dans la création contemporaine. Cette complémentarité s’exprime également dans la diversité des modes d’approches de mai 68. Les trois journées sont ainsi centrées successivement sur les effets sociaux et politiques, philosophiques et artistiques de cet événement.

Canal-U

Lire aussi :
• Mai 68 jusqu’à la saturation, Le blog de Brice Couturier
• Mai 68, l’héritage controversé, Sciences Humaines

Sélection bibliographique :
Gérard FILOCHE, Mai 68 : histoire sans fin – Liquider Mai 68 ? même pas en rêve !, J.C Gawsewitch, 2007 [Démocratie & SocialismeLà-bas si j’y suis]

Nicolas Sarkozy accuse mai 68 d’avoir « imposé le relativisme intellectuel et moral », « liquidé l’école de Jules Ferry », « introduit le cynisme dans la société et dans la politique » et « abaissé le niveau moral de la politique ».
Il aime à dire que « Les héritiers de ceux qui, en mai 68, criaient CRS = SS prennent systématiquement le parti des voyous, des casseurs et des fraudeurs contre la police », avant d’ajouter : « Je veux tourner la page de mai 68 une bonne fois pour toutes ». Selon lui, « Il faut liquider mai 68 ! ». Que de haine contre le plus grand mouvement de grève de l’histoire de France ! Il y eut deux mai 68.
L’un : superficiel, mondain, marginal ; l’autre : social, révolutionnaire, solidaire. Sarkozy a fait « l’ouverture » avec le mai 68 mondain (Kouchner) dans son gouvernement de contre-révolution conservatrice. Son but ? Battre les héritiers du vrai mai 68, celui des employés et ouvriers qui continuent à lutter pour une autre répartition des richesses, pour le droit du travail, les salaires et les retraites.
Un combat séculaire. De la Commune de Paris à juin 36, la Libération, novembre-décembre 95, aux grands mouvements pour les retraites en 2003, ou encore contre le CPE en 2006, c’est toute l’histoire des grands mouvements sociaux qui est en jeu. Qui va gagner ?. L’histoire sans fin des grandes aspirations humaines : la liberté, l’égalité, la fraternité, ou bien la fin de l’histoire avec la toute puissance de la finance, de l’élitisme, des corporatismes ?.
C’est le récit engagé des quarante dernières années de luttes sociales que nous livre un acteur de mai 68, inlassablement ancré au cœur de la gauche.

Gérard FILOCHE, Mai 68 : histoire sans fin – Mai 68, 40 ans après, les obsède encore, J.C Gawsewitch, 2008

• Kristin ROSS, Mai 68 et ses vies ultérieures, Le Monde Diplomatique / Complexe, 2005 [GermeLe Mouvement SocialLà-bas si j’y suis]

« Autour de l’année 1968, dans tout le monde occidental, apparaît sur la scène publique un nouveau personnage collectif : la classe d’âge adolescente. […] Elle s’arme elle-même par opposition au monde adulte. »Ces phrases d’un éditorial du Monde pour le trentième anniversaire de Mai 68 rejoignent l’appréciation de Raymond Aron : « Nous sommes en présence d’un phénomène biologique autant que social. » Elles confirment la volonté d’enterrer le caractère social du Mai, révolte de masse qui toucha tous les secteurs du travail, toutes les classes d’âge.
Certains, comme Bernard Kouchner, diront vingt ans après les événements : « Nous étions nombrilistes, oublieux du monde extérieur, nous ne voyions pas ce qui se passait dans le reste du monde, nous étions repliés sur nous-mêmes. » Mais qu’en était-il donc d’une dimension pourtant essentielle du mouvement de 1968, à savoir sa relation avec les luttes anticolonialistes et anti-impérialistes comme le Viêtnam, l’Algérie ou Cuba ?
En trente-cinq ans, la mémoire de Mai 68 n’a-t-elle pas été ensevelie sous les commémorations, réduite à la « libération des mœurs », alors qu’elle fut sans doute l’un des plus grands mouvements sociaux de l’après-Seconde Guerre mondiale en Europe, la plus importante contestation de l’ordre social existant ? Kristin Ross tente de réhabiliter le sens réel de l’événement, à retrouver le sens de cette révolte et sa trace dans l’histoire de la France.

Croissance pas "naturelle" des colonies juives


Les Israéliens qui partent s’installer en Cisjordanie représentent plus du tiers de la croissance démographique des implantations juives dans le territoire palestinien: les statistiques affaiblissent l’argument de la « croissance naturelle » avancé par le gouvernement de l’Etat hébreu pour justifier la poursuite de la construction dans les colonies.

La colonisation est l’une des principales pommes de discorde entre Israël et les Etats-Unis. Le gouvernement israélien a reporté un entretien initialement prévu jeudi à Paris entre le Premier ministre Benyamin Nétanyahou et l’émissaire américain pour le Proche-Orient, George Mitchell, en raison de divergences sur le dossier, a reconnu mercredi un responsable israélien.

Israël affirme que la « croissance naturelle » des colonies juives existantes doit être autorisée, alors que l’administration Obama s’oppose à la poursuite de la colonisation. Le dossier a fait apparaître au grand jour des tensions entre l’Etat hébreu et Washington. Et il devrait être au coeur des entretiens prévus la semaine prochaine à Washington entre le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak et George Mitchell, un détracteur de longue date de la colonisation.

Les opposants à la « croissance naturelle » expliquent qu’Israël s’en sert comme prétexte pour poursuivre la colonisation en Cisjordanie: Yasser Abed Rabbo, collaborateur du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qualifie cet argument de « tromperie ».

Les chiffres du Bureau central des statistiques israélien viennent étayer ces critiques: ils montrent qu’en 2007, 36% de l’ensemble des nouveaux colons venaient d’Israël ou de l’étranger. Des données plus récentes, notamment depuis l’installation du gouvernement Nétanyahou en mars dernier, ne sont pas encore disponibles, mais il y a peu de raisons de penser que les choses ont changé, souligne Hagit Ofran, un spécialiste du dossier auprès de l’organisation La Paix maintenant.

La migration de gens attirés par des logements meilleur marché, et pas seulement la croissance démographique, constitue ainsi un moteur important de l’accroissement du nombre d’habitants dans les colonies. Les migrants en provenance d’Israël et de l’étranger ont représenté 5.300 des 14.500 nouveaux colons recensés en 2007.

Et il s’agit d’une tendance lourde. Chaque année entre 1999 et 2007, ce flux migratoire a représenté entre un tiers et la moitié de la croissance du nombre de colons. La seule exception a été 2005, mais les chiffres pour cette année-là ont été faussés par l’évacuation des 8.500 colons israéliens de la bande de Gaza.

Entre 2006 et 2008, Israël a achevé la construction 5.503 appartements en Cisjordanie et en a mis en chantier 5.125 autres, selon le Bureau des statistiques. En vertu de la feuille de route pour la paix au Proche-Orient de 2003, Israël s’était engagé à geler les activités de construction dans les colonies, y compris celles liées à la croissance naturelle. Mais sur le terrain, les constructions se sont poursuivies.

La semaine dernière, Benyamin Nétanyahou a cédé au président américain Barack Obama qui lui demandait d’accepter le principe d’un Etat palestinien, mais a posé ses conditions, affirmant notamment que cet Etat devrait être démilitarisé. Il a en revanche rejeté l’idée d’un gel de la construction dans les colonies.

« Nous n’avons pas l’intention de construire de nouvelles colonies », a-t-il expliqué. « Mais il est nécessaire de permettre aux habitants de vivre une vie normale », a-t-il ajouté en référence à la notion de « croissance naturelle ».

Près de 300.000 Israéliens vivent aujourd’hui en Cisjordanie et 180.000 à Jérusalem-est, dont l’annexion en 1967 par Israël n’a pas été reconnue par la communauté internationale.

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