Monde en Question

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Archives Journalières: 15/06/2009

Réactions au discours de Netanyahou


• Address by Benjamin Netanyahu at Bar-Ilan University, Ministry of Foreign Affairs version anglaise officielle.
• Discours de Benyamin Netanyahou, Ambassade d’Israël en France version française officielle revue et corrigée par Monde en Question.

Le porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, a déclaré que « Ce discours reflète l’idéologie raciste et extrémiste de Netanyahou et fait fi de tous les droits du peuple palestinien ». (Déclaration à l’AFP dimanche 14 juin)
« Ce discours reflète l’idéologie raciste et extrémiste de Netanyahou et fait fi de tous les droits du peuple palestinien », a déclaré à l’AFP le porte-parole du Hamas Fawzi Barhoum.
« Il propose un État (palestinien) sans identité, ni souveraineté, ni Jérusalem, ni droit au retour, ni armée, ni armes et insiste sur le maintien des colonies », a ajouté M. Barhoum.
AFP-Romandie

Nabil Abou Roudeina, porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé que « ce discours torpille toutes les initiatives de paix dans la région ». « Il entrave les efforts visant à sauver les processus de paix dans un clair défi à l’administration américaine ». (Déclaration à l’AFP dimanche 14 juin)

Un proche collaborateur de Mahmoud Abbas, Yasser Abed Rabbo, a violemment critiqué Benjamin Netanyahou en déclarant qu' »il a parlé d’un État palestinien en le vidant de sa substance en excluant un gel de la colonisation. En exigeant la reconnaissance du caractère juif d’Israël, il veut que les Palestiniens fassent partie du mouvement sioniste mondial ».
« Il a employé les mots «État palestinien» mais en fait il veut un protectorat israélien », a-t-il ajouté. (Déclaration à l’AFP dimanche 14 juin)

« Après le discours de Netanyahou, il devient clair que nous sommes en présence d’un gouvernement israélien que refuse en réalité une solution à deux États, l’arrêt de la colonisation et la reprise des négociations du point où elles s’étaient arrêtées » fin 2008, a affirmé à l’AFP le négociateur palestinien Saëb Erakat. […] Selon lui, la direction palestinienne est entrée en contact « dès dimanche soir » avec l’administration américaine et des pays européens et arabes « pour expliquer que Netanyahou n’a fait qu’émettre cinq «non» ». « Il a dit non à une solution à deux États, non au gel de la colonisation, non à la vision du président Barack Obama pour un nouveau Proche-Orient, non à la reprise des négociations au point où elles s’étaient arrêtées et non à l’Initiative de paix arabe » proposant une normalisation avec Israël en échange de son retrait des territoires occupés, a-t-il estimé.
[…]
Soumis à de fortes pressions internationales, notamment de Washington, M. Netanyahou, qui dirige un cabinet de droite, a accepté dans son discours le principe d’un État palestinien tout en posant une série de conditions draconiennes. Il a notamment exigé la démilitarisation de cet État et la reconnaissance par la direction palestinienne d’Israël comme État du peuple juif. Il a aussi exclu un gel de la colonisation juive, un retour des réfugiés palestiniens poussés à l’exode lors de la création d’Israël en 1948, ou un retrait de la partie arabe occupée d’Al-Qods.
Le Matin

Le porte-parole du front populaire [FPLP] a dit dans un communiqué dont le Centre Palestinien d’Information a reçu une copie, que la condition de Netanyahou de reconnaître l’État juif, sa négligence des droits palestiniens dont le retour des réfugiés palestiniens, son attachement à la ville occupée d’Al-Qods comme capitale éternelle de l’État de l’occupation ainsi que son refus du retrait aux frontières de 1967 et sa volonté d’un État palestinien désarmé et sans souveraineté transforment la paix proposée aux Palestiniens et aux Arabes en une « paix d’esclaves », et l’État palestinien en un protectorat sioniste.
ISM

Le Conseil des implantations de Judée Samarie (Cisjordanie) a déclaré : « Nous déplorons que le Premier ministre ait donné son accord à la constitution d’un État palestinien démilitarisé alors que plus que quiconque Netanyahou a expliqué au fil des années quelle menace constituerait pour Israël un tel État, même démilitarisé ». (Communiqué du dimanche 14 juin)

Le comité des colonies du nord de la Cisjordanie a dénoncé les propos du Premier ministre affirmant que « la Terre d’Israël ne constitue pas une monnaie d’échange dont tel ou tel gouvernement passager disposerait à sa guise », en référence à la Cisjordanie. (Communiqué du dimanche 14 juin)

Aryeh Eldad (Union nationale) a accusé Netanyahou de violer ses propres promesses. « Avec l’expression« État palestinien démilitarisé, «Netanyahou tente de manger un cochon dans une boucherie casher», at-il ajouté. «Il n’ya pas de telle chose comme un État démilitarisé, Nétanyahou sait très bien qu’aucune force politique sur la terre ne peuvent empêcher un pays de l’armement militaire elle-même ou à la signature de traités comme n’importe quel autre pays. »
Ha’aretz

Akiva ELDAR
Le discours du Premier ministre, hier soir, a renvoyé le Moyen-Orient à l’époque de l' »axe du mal » de George W. Bush. Benyamin Netanyahou a fait un discours patriarcal, colonialiste dans la meilleure tradition néoconservatrice. Les Arabes sont les méchants ou, au mieux, des terroristes ingrats. Les Juifs, bien sûr, sont les bons, des gens rationnels qui veulent élever et s’occuper de leurs enfants.
[…]
Il est difficile de croire qu’on puisse trouver un seul dirigeant palestinien qui achète la marchandise défectueuse que Netanyahou a présenté la nuit dernière.
Ha’aretz

Gideon LEVY
Pourquoi le discours de Netanyahou nous donne un motif de joie demande Gideon Levy. Un leader d’extrême-droite a déclaré qu’il soutient l’État palestinien.
[…]
Netanyahou a adopté la langue d’avant-hier. Pas de peuple palestinien, mais une « population palestinienne » qui vit en Judée et en Samarie. Il a invoqué le fameux lexique de Golda Meir, pas d’occupation mais de «présence israélienne » en Cisjordanie.
[…]
Il y a aussi l’omission des frontières définitives, le manque de référence, même superficielle, à la feuille de route, la répétition de « Jérusalem indivisible », la répétition de la plainte « ils ont commencé » et la ridicule, excessive, demande que les Palestiniens reconnaissent l’État juif par celui qui ne reconnaît pas les Palestiniens comme peuple.
Ha’aretz

Mise à jour du 18/06/2009 :
• Le discours de Netanyahou vu d’Israël, AFPS
• Le discours de Netanyahou vu de Palestine, AFPS
• Israël – Netanyahou accepte… un non-État palestinien, Lutte Ouvrière

Lire aussi :
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

Le combat solitaire de Ha'aretz


Depuis des mois, les dirigeants du pays, Mme Tzipi Livni (Kadima) et M. Ehoud Barak (le faux travailliste), annonçaient leur objectif à Gaza : anéantir le Hamas et donner une « leçon inoubliable » à l’adversaire, fût-ce au prix de destructions massives et de lourdes pertes humaines. Les médias ont continué à soutenir cette stratégie après le déclenchement de l’attaque, alors même que les terribles images de destruction étaient projetées sur le petit écran à travers le monde — mais pas sur ceux de la télévision israélienne. Chaque justification des porte-parole de l’armée était reprise sans critique, comme lorsqu’ils prétendaient que les bombardements des mosquées, des écoles et des hôpitaux étaient dus à l’existence d’armes dans leurs enceintes ou au tir de francs-tireurs palestiniens…

Cette attitude des médias israéliens n’est pas nouvelle. Lorsqu’un accord est violé, c’est toujours l’adversaire arabe qui en est responsable. Ainsi, lors des pourparlers indirects organisés par l’Egypte entre le Hamas et Israël pour établir une « accalmie » (tahdia, en arabe — que l’on traduit, en général, par cessez-le-feu ou trêve) —, les journalistes ont vivement critiqué ces contacts, proclamant que les « terroristes viole[raie]nt tout accord » et que le seul moyen de mettre fin à leurs activités était militaire. Pourtant, le bon sens a triomphé et le cessez-le-feu fut instauré le 19 juin 2008.

Cinq jours plus tard, le Djihad islamique tirait deux Qassam sur la ville de Sderot (sans causer de victimes). Les médias israéliens ont aussitôt dénoncé à l’unisson le Djihad, alors qu’un communiqué de cette organisation expliquait qu’il s’agissait d’un acte de représailles à l’exécution sommaire, à Naplouse, par une unité spéciale de l’armée, de deux de ses militants, dont un haut commandant, Tareq Abou Ghali. Le quotidien Ha’aretz, consacrant seulement quelques lignes à l’opération israélienne, expliquait, le 25 juin, que « l’establishment militaire avait prévu cette vengeance palestinienne ». Pourtant, ce journal, considéré comme sérieux et qui cherche, souvent seul, à donner une image complète et équilibrée du conflit, titrait tout comme les autres organes de presse : « Le Djihad a violé la trêve à Gaza ». Finalement, le cessez-le-feu a tenu, le Hamas en ayant respecté les termes et les ayant imposés aux autres organisations palestiniennes ; c’est une opération militaire israélienne à Gaza, le 4 novembre, qui marqua le début de l’escalade et ouvrit la voie à la guerre.

[…]

La rédaction de Ha’aretz compte Gideon Levy, sans aucun doute, avec Amira Hass, le meilleur des spécialistes des territoires occupés. Il publie, presque seul dans les médias israéliens, au moins un long article par semaine sur les malheurs et la misère du peuple palestinien sous l’occupation. Presque seul aussi, il a condamné la guerre israélienne contre Gaza et a répondu vertement à une lettre de l’écrivain Abraham B. Yehoshua, et à travers lui au camp de la paix qui avait approuvé l’opération à Gaza : « Vous, très estimé auteur, êtes victime de la vague sauvage qui a submergé, paralysé et lavé notre cerveau. Vous justifiez la guerre la plus brutale qu’Israël ait jamais entreprise et, ainsi, vous acceptez indirectement l’idée que l’occupation de Gaza est terminée. (…) Vous jugez un peuple sans défense, à qui l’on refuse un gouvernement et une armée — qui comprend un mouvement qui use de moyens impropres pour une juste cause, la fin de l’occupation —, avec les mêmes critères que vous jugez une puissance régionale qui se considère comme humaine et démocratique mais qui s’est révélée un conquérant brutal et cruel. Comme Israélien, je ne peux pas chapitrer les dirigeants palestiniens alors que nos mains sont couvertes de sang… »

Amnon Kapeliouk
Mars 2009
Le Monde diplomatique

Lire aussi :
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël