Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives Journalières: 14/06/2009

Israéliens contre Netanyahou


Netanyahu, Mideast peace and a return to the Axis of Evil

The prime minister’s speech last night returned the Middle East to the days of George W. Bush’s « axis of evil. » Benjamin Netanyahu delivered a patriarchal, colonialist address in the best neoconservative tradition: The Arabs are the bad guys, or at best ungrateful terrorists; the Jews, of course, are the good guys, rational people who need to raise and care for their children. In the West Bank settlement of Itamar, they’re even building a nursery school.

No empathy for the refugees from Jaffa who lost their entire world, not a word for the Muslim connection to Jerusalem neither a fragment of a quote from the Koran, nor a line of Arabic poetry.

Netanyahu’s provincial remarks were not intended to penetrate the hearts of the hundreds of millions of Al Jazeera viewers in the Muslim world. Instead, he sought to appease Tzipi Hotovely, the settler Likud lawmaker, and make it possible to live peaceably with the settler foreign minister Avigdor Lieberman. Netanyahu’s demand that Palestinians recognize Israel as the state of the Jewish people didn’t even leave him an opening for forging reconciliation with the Arab citizens in the country.

The prime minister’s declaration that Jerusalem will remain he « undivided capital » of Israel – only Israel – slammed the door before the entire Muslim world. And his Hebron is solely the city of the Jewish patriarchs; the Arabs have no such rights at all. The Palestinians can have a state, but only if those foreign invaders show us they know how to eat with a fork and knife. Actually, without a knife.

The demilitarization of the Palestinian state was mentioned in the Clinton guidelines, the Taba understandings and the Geneva accord, as was the right of return to Palestine, not Israel. The difference between these documents and the Bar-Ilan address is not only that the former recognized the Palestinians’ full rights to the West Bank and East Jerusalem. The real difference lies in the tone – in the degrading and disrespectful nature of Netanyahu’s remarks. That’s not how one brings down a wall of enmity between two nations, that’s not how trust is built.

It’s hard to believe that a single Palestinian leader will be found who will buy the defective merchandise Netanyahu presented last night.

Akiva Eldar
15/06/2009
Ha’aretz
Tag Benjamin Netanyahu, Ha’aretz

• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

Discours de Benyamin Netanyahou


Moshe Ya’alon, vice-Premier ministre et ministre des Affaires stratégiques, a déclaré

• le 23 mai 2009 : Nous n’allons pas suivre les diktats américains. Nous n’allons pas cesser la construction des colonies de peuplement.
Ha’aretz

• le 26 mai 2009 : Je ne vois pas la moindre chance de créer une entité palestinienne en Judée, Samarie et/ou dans la bande de Gaza, qui pourrait être viable économiquement.
The Jerusalem Post

• le 9 juin 2009, il a fixé des conditions qui ferment la porte à tout règlement du conflit israélo-palestinien.
Ministry of Foreign Affairs

Comme il était prévisible, Benjamin Netanyahu a repris la même rhétorique en posant six conditions à la création d’un État palestinien qui le vident de sa substance :

1) Que les Palestiniens reconnaissent Israël en tant qu’un État juif.
2) Que l’État palestinien soit démilitarisé.
3) Qu’aucun réfugié palestinien n’ait droit au retour.
4) Que Jérusalem soit la capitale indivisible du peuple juif.
5) Que l’Autorité palestinienne reprenne Gaza au Hamas.
6) Que la colonisation continue.

Seuls les naïfs s’étonneront que le discours Benjamin Netanyahu, annoncé comme historique (« Son dessein est d’avancer sur le chemin d’une réconciliation historique et d’affirmer que toutes les parties ont un rôle à jouer pour que le processus de paix aboutisse « a déclaré le porte-parole de Netanyahu, Mark Regev), ne soit que la répétition des discours antérieurs.

Comme l’a écrit récemment Gaël Lagadec, la stratégie israélienne en Palestine reste la même depuis 1948 : négociation perpétuelle et colonisation sans fin [PDF].

Que va faire Barack Obama après ce bras d’honneur alors que les États-Unis fournissent une aide militaire annuelle de 2,4 milliards de dollars ainsi qu’un soutien diplomatique à Israël ?

La réélection de Mahmoud Ahmadinejad en Iran est un atout majeur pour Benjamin Netanyahu [Ha’aretz]. Moshe Ya’alon le répète depuis longtemps [Face à l’Iran]…

Serge LEFORT
14/06/2009

[Note ajoutée à 15h07] Une dépêche d’agence canadienne titre «Obama salue « l’important pas en avant » de Netanyahu» ! Barack Obama pratiquerait-il le langage paradoxal pour dépasser l’absurde des déclarations de Benjamin Netanyahu ?

[Note ajoutée à 16h12] Full text of Netanyahu’s foreign policy speech at Bar Ilan, Ha’aretz.

[Note ajoutée à 18h22] Traductions officielles :
• Address by Benjamin Netanyahu at Bar-Ilan University, Ministry of Foreign Affairs version anglaise officielle.
• Discours de Benjamin Netanyahu, Ambassade d’Israël en France version française officielle revue et corrigée par Monde en Question.

L’Islam et l’Occident à l’époque médiévale


Ce colloque international est conçu comme un moment de débat scientifique et d’échanges sur les enjeux sociaux de l’écriture de l’histoire, dès lors que l’on traite du monde arabo-musulman, de ses rapports avec les sociétés occidentales et, plus particulièrement, de la transmission des savoirs entre les deux mondes au Moyen Âge. Dans le cadre de ce colloque, nous souhaitons discuter des questions suivantes :

La philosophie dans le monde arabo-musulman au Moyen Âge

Dans son livre l’Obtention du bonheur, al-Fârâbî (Xe siècle) présente la philosophie qui est d’après lui « la science suprême » et « la science la plus ancienne » comme le produit des Chaldéens (peuples d’Irak) transmis aux Egyptiens, puis aux Grecs, ensuite aux Syriaques, enfin aux Arabes. Cette présentation insiste sur la pérégrination des savoirs antiques dans différentes ères géographiques et linguistiques et sur leur appropriation par la culture arabo-musulmane à un moment donné de l’histoire. Certains affirment, toutefois, que la « falsafa ne coïncide pas totalement avec notre « philosophie » » (Rémi Brague, Au moyen du Moyen Âge, p. 238), et pensent que le travail des philosophes arabes serait dépourvu de ce qui caractérise celui des Grecs : la recherche libre du savoir. D’autres estiment que l’ère géographique dominée par la culture arabo-musulmane pendant le Moyen Âge serait restée faiblement hellénisée, donc étrangère aux dynamiques intellectuelles et scientifiques qui ont animé leurs prédécesseurs grecs. Al-Fârâbî était-il donc en droit de revendiquer l’appropriation des savoirs antiques ? Par ailleurs, les connaissances produites en terre d’islam en fait de sciences et de philosophies ont-elles été foncièrement différentes de ce qui est né en Grèce et de qui sera élaboré en Occident au Moyen Âge et plus tard ? Les spécialistes de la philosophie arabe du Moyen Âge sont invités à débattre de la nature et de l’ampleur des productions scientifiques et philosophiques qui ont eu lieu en terre d’islam à cette époque.

La question de l’hellénisation du Proche-Orient à l’époque médiévale
La circulation des sciences « exactes » produites en pays d’Islam vers l’Europe, à partir de la fin du XIe siècle
Avicenne et son emprise sur la pensée postérieure, tant en terre d’Islam qu’en Occident
Débat

Traduction, langage et pensée philosophiques

La transmission des textes pose bien évidemment des problèmes cruciaux de traduction. Sur cette question, et dans la lignée des auteurs du XIXe siècle, des chercheurs écrivent aujourd’hui que les langues sont inégalement capables d’absorber puis de véhiculer la philosophie et la pensée scientifique. Cela impliquerait que certains peuples et nations seraient, du fait même de leurs systèmes linguistiques, réfractaires à la réception de la science. Ainsi, parce qu’elle serait essentiellement poétique ou de nature « religieuse » (S. Gouguenheim, Aristote au Mont Saint Michel, p. 136), la langue arabe serait incapable d’être le véhicule de notions abstraites et de raisonnements élaborés. Les intervenants sont invités à débattre des rapports entre langue et pensée et des différentes formes d’expression des savoirs scientifiques.

La logique d’Aristote et le modèle démonstratif chez les philosophes arabes classiques
Langue arabe et logique grecque
Traduire et lire un texte scientifique
En quel sens peut-on parler des racines d’une culture ?
Débat

La transmission des savoirs du monde arabo-musulman à l’Occident

La deuxième question est celle de la transmission des savoirs grecs à l’Occident au Moyen Âge. Quels ont été les traducteurs et les passeurs de ces savoirs au monde latin ? Les arabo-musulmans ont-ils joué uniquement le rôle de relais ou bien ont-ils transformé le contenu et les données épistémologiques relatives à certaines branches du savoir ? Par ailleurs, les textes scientifiques et philosophiques arabes ont-ils joué un rôle dans l’essor culturel de l’Europe au Moyen Âge ? Leur influence a-t-elle été limitée, passagère et circonscrite dans le temps et l’espace ou a-t-elle contribué à modifier les méthodes d’approche des savoirs ? Ces questions somme toute classiques feront l’objet d’une mise au point scientifique à la lumière des travaux récents publiés sur le sujet.

Lire Aristote dans le texte de Platon. Averroès et la mutation de la médecine politique
Astronomie et médecine chez les penseurs latins de la fin du XIIIe siècle
Ramon Lull « arabicus christianus » : des armes matérielles aux armes intellectuelles
Débat

Grammaire ou choc des civilisations

Et, de fait, le succès public du livre de Samuel Huntington, The Clash of Civilization and the Remaking of World Order (traduction française chez Odile Jacob en 1997) a fortement pesé et pèse toujours dans le champ des études sur l’Islam et l’Occident. Cette grille de lecture repose sur une volonté de comparaison entre les civilisations définies principalement par certaines de leurs caractéristiques culturelles, en particulier religieuses. Les insuffisances de cette approche ont été à plusieurs reprises critiquées mais la thèse continue de séduire ceux qui manient aussi volontiers les concepts « d’identité », de « traditions » et de « racines » culturelles, invoqués afin d’analyser l’inégale prédisposition des civilisations à s’acheminer vers le « progrès » identifié à l’Occident. On s’interrogera sur ces notions, sur les difficultés posées par la quête des « origines », sur l’environnement intellectuel, politique et pour tout dire idéologique qui sous-tend ces travaux. Il en va là encore du métier d’historien et des relations que celui-ci entretient avec le monde contemporain.

Les sciences historiques dans la culture arabo-musulmane : héritage antique et élaborations nouvelles
L’Islam médiéval ou le miroir aux identités. Remarques sur une civilisation de la bigarrure
Du clash des civilisations au choc des incultures : comment en est-on arrivé là ?
Historiographie d’une évidence : la civilisation occidentale
Débat

L’historien, la demande sociale et la diffusion des savoirs

Pour de multiples raisons, liées au contexte international comme à la réalité sociologique de la société française, les questions traitées dans les trois premiers axes pour le Moyen Age ont des implications contemporaines. Sur les relations culturelles entre le monde arabo-musulman et l’Occident, la production et la diffusion des connaissances, leur vulgarisation, leur inscription dans les manuels scolaires constituent un enjeu fort pour les historiens de métier. Nous voudrions promouvoir dans le cadre de ce colloque un « détour réflexif » sur le métier d’historien (IHTP) et un débat collectif sur les liens entre recherche scientifique, diffusion des travaux de spécialistes dans l’enseignement secondaire et supérieur et transmission au plus grand public (aussi par le biais des différents medias), dès lors que l’on travaille sur des questions « sensibles ».

L’enseignement de l’histoire de l’Islam médiéval en France
Tzvetan TodorovAutour de son livre La peur des barbares

École normale supérieure Lettres et sciences humainesCanal-U, 2009

Le monde a besoin d'une perestroïka


« Le modèle qui a émergé au cours des dernières décennies du 20ème siècle s’est avéré non soutenable. Il est basé sur la recherche de super-profits et l’hyper-consommation de quelques-uns, sur l’exploitation effrénée des ressources et sur l’irresponsabilité sociale et environnementale, » constate Mikhail Gorbachev, qui appelle à l’émergence d’un nouveau modèle de développement, plus respectueux des équilibres écologiques et s’attachant à satisfaire les besoins du plus grand nombre.

Voilà des années, alors que la guerre froide touchait à sa fin, j’ai dit à mes collègues chefs d’Etats aux quatre coins de la planète que le monde était sur le point de connaître de grands événements, et que face à ces nouveaux défis, nous devrions tous changer, vous comme nous. La plupart du temps, leur réaction prenait la forme d’un silence poli, mais sceptique.

Toutefois, ces dernières années, lors de séries de conférences données aux États-Unis devant des universitaires et des hommes d’affaires, j’ai souvent dit à mes auditeurs que j’avais le sentiment que les américains avaient besoin eux aussi de changement – d’une perestroïka, non pas semblable à celle de mon pays, mais qui soit une perestroïka américaine – et les réaction étaient alors très différentes. Des salles de plusieurs milliers de personnes répondaient par des applaudissements.

Au fil du temps, ma remarque a suscité toutes sortes de commentaires. Certains comprenaient. D’autres y objectaient, de façon parfois sarcastique, suggérant que je souhaitais que les États-Unis traversent un bouleversement, tout comme l’ex-Union soviétique. Dans mon pays, les réactions les plus caustiques provenaient de tous les adversaires de la perestroïka, des gens à la mémoire courte et bien peu conscients des problèmes. Et bien que la plupart de mes critiques comprennent certainement que je n’assimile pas les États-Unis à l’Union soviétique finissante, je tiens à clarifier ma position.

Notre perestroïka signalait la nécessité du changement en Union soviétique, mais elle n’était pas destinée à proposer une capitulation devant le modèle américain. Aujourd’hui, la nécessité d’une perestroïka de plus grande ampleur – concernant l’Amérique et le monde – est devenu plus évidente que jamais.

Il est vrai que le besoin de changement dans l’Union soviétique au milieu des années 1980 était urgent. Le pays était étouffé par le manque de liberté, et la population – en particulier sa frange éduquée – voulait se débarrasser de la mainmise d’un système qui avait été construit sous Staline. Des millions de gens disaient : « Nous ne pouvons plus vivre ainsi. »

Nous avions débuté par la glasnost – donnant à la population l’occasion d’exprimer ses préoccupations sans crainte. Je n’ai jamais été d’accord avec mon grand compatriote Alexandre Soljenitsyne lorsqu’il déclarait que « la glasnost de Gorbatchev a tout ruiné. » Sans glasnost, aucun changement ne se serait produit, et Soljenitsyne aurait terminé ses jours dans le Vermont et non pas en Russie.

Au début, nous avons oeuvré en ayant l’illusion que la refonte du système existant – des changements au sein du « modèle socialiste » – devrait suffire. Mais les résistances du Parti communiste et de la bureaucratie gouvernementale étaient trop fortes. Vers la fin de 1986, il est devenu clair pour moi et mes partisans que rien moins que le remplacement des fondations du système était nécessaire.

Nous avons opté pour des élections libres, le pluralisme politique, la liberté de religion, une économie ouverte à la concurrence et la propriété privée. Nous avons cherché à obtenir ces changements par un processus évolutif et sans effusion de sang. Nous avons fait des erreurs. Des décisions importantes ont été prises trop tard, et nous n’avons pas été en mesure d’achever notre perestroïka.

Deux complots ont entravé le changement – la tentative de coup d’Etat en août 1991, organisée par la ligne dure des adversaires de nos réformes, qui a fini par affaiblir ma position en tant que président, et l’accord ultérieur entre les dirigeants de la Russie, de l’Ukraine et du Belarus pour dissoudre l’Union. Les dirigeants de la Russie ont ensuite rejeté cette voie de réforme, plongeant le pays dans le chaos.

Néanmoins, lorsque l’on m’interroge pour savoir si la perestroïka a réussi ou a été vaincue, je réponds que la perestroïka a gagné, parce qu’elle a conduit le pays à un point à partir duquel il ne pouvait plus y avoir de retour vers le passé.

Dans l’Occident, l’éclatement de l’Union soviétique a été considéré comme une victoire qui prouvait que l’Ouest n’avait pas besoin de changer. Les dirigeants occidentaux furent convaincus être à la tête d’un bon système avec un modèle économique fonctionnant bien, presque parfait. Des universitaires estimaient que l’histoire avait pris fin. Le « Consensus de Washington », le dogme de la libéralisation des marchés, la déréglementation et l’équilibre budgétaire à tout prix, furent imposés au reste du monde.

Mais la crise économique de 2008 et 2009 est survenue, et il est depuis devenu clair que le nouveau modèle occidental était une illusion, qui profitait principalement aux très riches. Les statistiques indiquent que les pauvres et la classe moyenne n’ont que peu ou pas bénéficié de la croissance économique des dernières décennies.

La crise mondiale actuelle montre que les dirigeants des grandes puissances, en particulier les États-Unis, avaient ignoré les signaux qui appelaient à une perestroïka. Cela a eu pour résultat une crise qui n’est pas seulement économique et financière, mais aussi politique.

Le modèle qui a émergé au cours des dernières décennies du 20ème siècle s’est avéré non soutenable. Il est basé sur la recherche de super-profits et l’hyper-consommation de quelques-uns, sur l’exploitation effrénée des ressources et sur l’irresponsabilité sociale et environnementale.

Mais si toutes les solutions proposées et les action entreprises aujourd’hui se réduisent à un simple rhabillage de l’ancien système, nous allons assister à un autre bouleversement, peut être encore plus fort, dans le futur. Le modèle actuel n’a pas besoin d’être adapté mais d’être remplacé. Je n’ai pas de solution prête à l’emploi. Mais je suis convaincu qu’un nouveau modèle verra le jour, qui mettra l’accent sur les besoins de la population et les biens publics, sur un environnement plus propre, des infrastructures et des transports publics fonctionnant bien, une bonne éducation, un bon système de santé et des logements abordables.

Les éléments d’un tel modèle existent déjà dans certains pays. Après avoir rejeté les leçons du Fonds Monétaire International, des pays comme la Malaisie et le Brésil ont obtenu des taux de croissance économique impressionnants. La Chine et l’Inde ont sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté. En mobilisant les ressources de l’État, la France a construit un système de chemins de fer à grande vitesse, tandis que le Canada offre gratuitement des soins de santé. Parmi les nouvelles démocraties, la Slovénie et la Slovaquie ont été en mesure d’atténuer les conséquences sociales des réformes de marché.

Le temps est venu pour une « construction créative », pour trouver le juste équilibre entre le gouvernement et le marché, pour intégrer les facteurs sociaux et environnementaux et démilitariser l’économie.

Washington aura à jouer un rôle particulier dans cette nouvelle perestroïka, non seulement parce que les États-Unis exercent un grand pouvoir économique, politique et militaire dans le monde, mais aussi parce que l’Amérique a été le principal architecte, et l’élite américaine la principale bénéficiaire du modèle économique mondial actuel. Ce modèle est désormais en train de se fissurer et devra tôt ou tard être remplacé. Ce sera un processus complexe et douloureux pour tous, y compris les États-Unis.

Quelles que soient les différences entre les problèmes auxquels l’Union soviétique a été confrontée durant la perestroïka et les défis auxquels les États-Unis font face aujourd’hui, la nécessité d’une nouvelle façon de penser rend ces deux époques semblables. En notre temps, nous avions dû faire face à une mission principale consistant à mettre fin à la division du monde, à réduire la course aux armements nucléaires et à désamorcer les conflits. Nous parviendrons également à surmonter les nouveaux défis mondiaux, mais uniquement si chacun comprend la nécessité d’un véritable changement cardinal – d’une perestroïka.

Mikhail Gorbachev
7 juin 2009
Washington Post
Traduit par ContreInfo

Lire aussi l’analyse : Echo du passé recommencé

Il est assez curieux que Gorbatchev continue à appuyer sur la perestroïka, après cet hommage profond mais rapide à la glasnost. La première nommée (mais la seconde dans l’ordre chronologique) échoua tandis que la seconde, première dans l’ordre du temps, réussit. Ainsi Gorbatchev peut-il écrire: «Néanmoins, lorsque l’on m’interroge pour savoir si la perestroïka a réussi ou a été vaincue, je réponds que la perestroïka a gagné, parce qu’elle a conduit le pays à un point à partir duquel il ne pouvait plus y avoir de retour vers le passé.» On comprend l’idée, certes, mais la description nous semble fautive ; la perestroïka (la réforme économique) échoua mais cela importait peu parce qu’on était allé trop loin pour revenir en arrière, et l’on était allé trop loin à cause de la glasnost. La clef fut bien la glasnost.

[…]

Quoi qu’il en soit des réserves qu’on peut exprimer sur l’analyse qu’il fait de sa propre action, Gorbatchev reste un observateur privilégié, un de nos meilleurs éclaireurs de la réalité de notre crise. C’est aussi une rareté puisque ce « perdant » sur toute la ligne parvient à imposer silence à nos services de surveillance intellectuelle, et à disséminer ses quatre vérités. Gorbatchev est un fascinant personnage « maistrien », une de ces personnalités assez rares capables de sentir plus ou moins distinctement l’importance des événements puisqu’il affirme implicitement toute sa propre importance au nom d’un échec conceptuel également affirmé et d’une déroute politique constante, entre 1985 et 1991. A ce compte et en laissant de côté le débat sur les mots mentionné plus haut, Gorbatchev nous dit in fine : « Effectivement, j’ai gagné parce que j’ai perdu » (puisque le vrai but, nous le savons maintenant de source sûre, était de liquider ce que je voulais sauver). Cette sorte d’humilité paradoxale est éminemment « maistrienne », dans le sens où elle reconnaît la puissance des événements et tire toute sa gloire de s’être soumis à eux. Gorbatchev n’a pas le sens de la compétition ni le sens de l’expansion à tout prix, au sens libéral et libre-échangiste qui nous caractérise; il n’a que le sens de l’Histoire.

Dedefensa