Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives Mensuelles: mai 2009

La Palestine est le laboratoire de l’armée israélienne


« Israël a passé 42 ans à soigneusement et délibérément tisser une matrice de contrôle sur les territoires occupés », qui consolide la domination israélienne sur la Palestine et rend utopique la solution des deux États.

Selon Jeff Halper, Directeur du Comité israélien contre les démolitions de maisons (ICAHD), « derrière une façade de mécanismes administratifs anodins, Israël a mis en place un régime répressif, visant à nier de façon permanente l’autodétermination, la citoyenneté et des droits humains et civils fondamentaux des Palestiniens . La construction de près de 250 colonies juives de peuplement, la démolition de quelques 24.000 maisons palestiniennes, le blocus économique et la construction d’un mur aussi haut que celui de Berlin et cinq fois plus long » a confiné la population palestinienne dans 70 enclaves ne pouvant communiquer entre elles. « Comment est possible un pays souverain dans ces conditions ? » se demande Halper.

La matrice de contrôle est un dédale de lois, d’ordres militaires, de plans, de limitations à la circulation des Palestiniens dans l’intérêt de la sécurité, de bureaucratie kafkaïenne, de colonies et d’infrastructures », dont l’unique fonction consiste à : dissimuler l’occupation et montrer les Palestiniens comme un peuple qui refuse la « bonne gestion » israélienne. « Quand ils s’insurgent contre l’occupation, comme cela s’est produit dans les deux Intifadas, les opérations militaires israéliennes sont présentées sous le prétexte de l ’autodéfense », a déclaré le militant et candidat pour le Prix Nobel de la paix.

La stratégie israélienne n’est pas seulement de protéger « la terre sacrée face à l’ennemi Arabe : Israël est devenu le pays pionnier dans le développement d’un modèle exportable pour emmagasiner et stocker les excédents humains. » Et la communauté internationale observe et apprend car il y a « beaucoup plus d’excédents humains » dans le monde. « Les Palestiniens ont été définis comme une population qui n’a pas besoin d’un Etat et qui peut rester contrôlée pour toujours », dit le directeur de l’ICAHD.

« La logique économique et militaire du capitalisme mondial » exige, en même temps, une solution pacifique au conflit du Moyen-Orient. Israël a des intérêts politiques et économiques dans ses incursions en Palestine, estime que Halper qui a obtenu la citoyenneté palestinienne après avoir rompu le blocus de la bande de Gaza en août dernier. D’un point de vue politique, l’attaque de Gaza pendant trois semaines a permis de « ressusciter l’image d’Israël comme un allié dans la guerre contre le terrorisme après l’humiliante défaite dans la guerre au Liban de l’été 2006 »

D’un point de vue économique, « la bande de Gaza a été un exercice de combat en zone urbaine, » l’occasion de tester sur le terrain de nouvelles armes et tactiques de défense dans des zones à forte densité de population.

« Testé dans la bande de Gaza, à Naplouse ou à Faluja », explique Jeff Halper, c’est l’une des marques les plus rentables d’Israël, pour « la vente de véhicules aériens sans équipage aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada et aux autres pays dans la guerre Afghanistan ». La Chine, le Sierra Leone et la police mexicaine figurent aussi parmi ses clients. « 60% des exportations israéliennes sont du matériel ou articles en relation avec la sécurité » une nouvelle preuve, selon Halper, « que les territoires palestiniens sont devenus un laboratoire d’essais de l’armée d’Israël. »

Patricia R. Blanco
01/05/2009
Publié par Info-Palestine selon El País.

Lire aussi :
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

Destins croisés


Michel WARSCHAMSKI, Destins croisés – Israéliens-Palestiniens, l’histoire en partage, Riveneuve, 2009

Ce livre est une histoire du conflit israélo – arabe, mais pas une parmi tant d’autres. Il ne s’agit pas d’un manuel d’histoire au sens propre du terme, ni d’un roman, mais bien de l’histoire sur plus d’un siècle d’une région déchirée, racontée à des non-initiés à travers la vie de deux familles sur quatre générations.

Fruits de l’imagination de l’auteur, ces récits familiaux se révèlent très représentatifs de l’histoire des Israéliens et des Palestiniens.

Pour raconter cette histoire, Michel Warschawski a choisi de suivre deux familles, une juive et une arabe, qui représentent, dans la diversité des opinions qui les traversent toutes les deux, la mémoire des communautés arabe – palestinienne et juive – israélienne.

Ceci a été rendu possible grâce à la place très spéciale qu’occupe l’auteur depuis près de 40 ans, à la frontière entre les deux communautés, ce qui lui permet une connaissance intime des deux camps.

Un récit, ou plutôt des récits souvent tragiques pour une histoire partagée entre Israéliens et Palestiniens sur laquelle personne n’est d’accord mais qu’il faudra bien aplanir un jour pour envisager une paix durable entre les deux peuples.

Lire aussi :
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

La mort est dans le champ


Certaines guerres continuent de tuer bien après le cessez-le-feu. Dans le cadre d’une campagne du CICR marquant les 150 ans de la bataille de Solferino, notre dessinateur Chappatte s’est rendu su Sud-Liban. Il montre comment, deux ans et demi après un conflit, les hommes cohabitent avec la peur.

État juif ou société de tous ses citoyens ?


En 1988 à Alger, l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) a fait une concession énorme : reconnaître l’Etat d’Israël sur ses frontières internationalement reconnues (celles de l’armistice de 1949) et limiter le futur Etat à 22% de la Palestine historique, c’est-à-dire à La Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem Est. Cette reconnaissance qui suivait le déclenchement de la première Intifada allait aboutir à la signature des accords d’Oslo.

Il n’est sans doute pas inutile aujourd’hui de se poser deux questions :

1) La direction palestinienne a-t-elle commis une erreur avec cette reconnaissance ?

2) Pourquoi ce processus et les accords d’Oslo ont-ils (définitivement) échoué ?

Une concession énorme

C’est Arafat qui a poussé au compromis d’Alger et qui l’a obtenu malgré de nombreuses oppositions. Quelle était l’idée de la direction Palestinienne ? Après 40 ans d’exil et alors qu’on en était à trois générations de réfugiés, le peuple palestinien était en danger de disparition. Il fallait rebondir et proposer une initiative politique.

Sur le fond, il n’y a pas de différence entre le nettoyage ethnique de 1948 (800000 Palestiniens expulsés de leur pays au moment de la Naqba, la catastrophe) et la conquête suivie de la colonisation de 1967. Dans les deux cas, il y a eu violation flagrante de tous les droits fondamentaux accompagnée de crimes de guerre. La présence des Israéliens à Jaffa n’est pas plus « légitime » que leur présence à Hébron.

La très grande différence (dont la direction palestinienne a tenu compte) repose sur la façon dont l’ONU interprète le droit international. L’ONU a reconnu Israël, toutes grandes puissances confondues. Elle a amnistié les 700 villages rasés et détruits pendant la guerre de 1948, le plan Dalet (plan prémédité qui organisait l’exode palestinien), la confiscation des terres dès 1949, l’interdiction de tout retour faite aux réfugiés ou à leurs descendants. L’ONU a accepté qu’Israël se proclame État juif. Par contre l’ONU n’a jamais reconnu les annexions de 1967 et a même voté plusieurs résolutions demandant un retrait israélien.

Les dirigeants israéliens avaient une occasion fantastique de s’insérer de façon définitive et pacifique au Proche-Orient et « légaliser » la violence et la négation de « l’autre » sur lesquelles leur État s’était constitué. Ils y ont songé au moment, avec les accords d’Oslo.

Le sionisme est une idéologie multiforme. Depuis 1967, c’est sa nature coloniale qui est devenue prépondérante. Laïques ou religieux, les colons ont obtenu un consensus dans la société israélienne : « finir la guerre de 48 », marginaliser ou expulser les Palestiniens, réaliser le « grand Israël » dans un pays qui n’a jamais fixé ses frontières.

Les négociateurs palestiniens ont été naïfs à Oslo. Ils ont reconnu Israël, mais n’ont obtenu qu’une reconnaissance de l’OLP. Israël n’a reconnu ni la Palestine, ni ses droits (notamment à avoir un État). Les Palestiniens ont cru dans « la paix des braves » chère à Arafat, dans l’idée que la confiance était possible et que les Israéliens saisiraient le sens de ce qu’ils leur offraient.

Ils n’ont pas pu ou su exiger quelque chose de précis sur la fin de la colonisation ou le retour aux frontières de 1967. Ils ont fait preuve d’une assez grande méconnaissance sur ce qu’est le sionisme, sur les vrais buts des Israéliens, sur leurs odieux sentiments de supériorité coloniaux, sur le complexe de Massada et son instrumentalisation.

Les accords d’Oslo ont échoué tout simplement parce qu’il n’a jamais été question en Israël, y compris dans les rangs de la prétendue « gauche » sioniste, de parvenir à une paix fondée sur l’égalité des droits et la justice. Il s’agissait juste de légaliser le fait accompli. Jamais la colonisation ne s’est arrêtée, au contraire. Il y a même eu 60000 nouveaux colons installés entre les accords d’Oslo et l’assassinat de Rabin. C’est cette tartufferie que les électeurs palestiniens ont sanctionnée.

Le retour au crime fondateur

En 15 ans, les dirigeants israéliens ont patiemment détruit la faisabilité de l’idée de « deux peuples, deux états ». L’installation de nouveaux colons (500000 israéliens vivent désormais dans les territoires conquis en 1967 dont la moitié dans le grand Jérusalem), la confiscation de 34% des terres en Cisjordanie, le mur de l’Apartheid, les check points, les routes de contournement ont transformé la Palestine en Bantoustan. À Gaza, c’est pire. Le blocus et la guerre ont détruit toute forme d’économie ou de vie sociale.

Qu’ils vivent dans les frontières d’Israël d’avant 1967, à Jérusalem, à Gaza, en Cisjordanie ou qu’ils soient exilés ou réfugiés au Proche-Orient, voire plus loin, la majorité des Palestiniens n’espère plus rien du processus politique d’Oslo. Du coup, ils en reviennent à la question de la Naqba, à l’illégitimité de la création d’Israël. La revendication qui était celle de l’OLP avant 1988 (un seul État, laïque et démocratique en Palestine) reprend de la vigueur. Elle est toujours celle des partis de la gauche palestinienne.

La grande nouveauté, c’est la fracture béante qui s’est ouverte chez les « Palestiniens de 1948 », ceux qui ont la nationalité israélienne. Pour eux, vivre comme sous citoyens dans un Etat qui se définit comme juif est un cauchemar quotidien. Plus de 50% d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. Les discriminations qu’ils subissent en termes de travail, de possession de la terre, de logement, de droits sociaux, s’aggravent. Alors que jusque-là une partie d’entre eux votaient pour des partis sionistes, cette fois-ci, 50% se sont abstenus et l’écrasante majorité des autres a réparti ses voix entre le Hadash (Parti communiste) et deux partis nationalistes antisionistes. Des mouvements comme Adalah se développent pour obtenir l’égalité juridique à l’intérieur d’Israël.

La propagande israélienne est d’une redoutable efficacité et elle sait à merveille transformer l’agresseur en victime. Elle agite désormais en permanence la menace de la disparition, des « Juifs à la mer », de la destruction d’Israël. Elle exige des Palestiniens et des autres Etats de la région la reconnaissance préalable du caractère juif de l’Etat. Elle exige (avec Lieberman) que les Palestiniens d’Israël reconnaissent la légitimité du sionisme, faute de quoi ils seront déchus de leur nationalité et expulsés. Elle essaie de détourner l’attention vers l’Iran dont le dirigeant s’est publiquement prononcé pour la destruction de « l’entité sioniste » et elle essaie d’obtenir un consensus international pour une attaque préventive contre l’Iran comme il y a eu une attaque préventive (basé sur un mensonge d’une incroyable grossièreté) contre l’Irak.

La clarté qui manque

Dans les rangs de celles et ceux qui défendent les droits du peuple palestinien, on ne rencontre pas toujours la clarté.

Il n’y a qu’une seule façon de régler cette guerre, c’est d’en revenir au droit. L’occupation, le nettoyage ethnique, l’interdiction faite aux réfugiés de revenir chez eux, les discriminations, les assassinats, les emprisonnements massifs sont des crimes. Au départ, il y a un crime fondateur, celui de 1948 et toute paix juste commencera par la reconnaissance de la Naqba. Toute négociation devra porter sur les moyens de « réparer » ce crime.

Aujourd’hui 5 millions et demi de Juifs Israéliens vivent dans la région. Comme dit l’historien Shlomo Sand, un enfant né d’un viol a aussi le droit à l’existence. Donc, il faut le dire sans détour. Les Israéliens resteront. Ils ne « retourneront » pas dans les pays de leurs ancêtres ou n’émigreront que marginalement. De toute façon, les pays arabes dont certains sont originaires n’en veulent pas spécialement et le yiddishland a disparu. Mais les Israéliens resteront dans une situation de totale égalité (politique, économique, égalité de droits) avec les Palestiniens. Sinon, la paix est impossible. Le démantèlement de toutes les colonies et de tous les check points, la destruction du mur, le droit au retour des réfugiés et la libération de tous les prisonniers sont des préalables à cette égalité.

Si les Juifs israéliens resteront, « l’ État juif » doit disparaître. Le droit international ne reconnaît que les États de tous leurs citoyens. Définir un Etat sur une base « raciale », ethnique, nationale ou religieuse est discriminatoire et les Israéliens ont fait la démonstration sanglante du caractère discriminatoire de l’ État juif vis-à-vis des Palestiniens. Il existe parmi les anticolonialistes israéliens des partisans de deux États (Shlomo Sand, Uri Avnéry) mais ils expliquent bien qu’en aucun cas Israël ne pourra se définir comme État juif. Pour Sand, État juif et démocratique, c’est un oxymore. Pour les partisans d’un seul État, les choses sont plus simples : l’égalité des droits, la fin du colonialisme, la citoyenneté, la laïcité sont évidentes. Rappelons qu’en Afrique du Sud, les Blancs ont pu rester en conservant leur statut de « peuple fondateur » et leurs énormes avantages économiques, mais qu’il y a eu pour en arriver là deux obligations : en finir avec l’Apartheid reconnu comme crime et garantir l’unité du pays. Donc, qu’il y ait un ou deux États, le projet sioniste de créer, puis de maintenir un État défini comme juif est un obstacle à la paix.

Il faut contrer en permanence la propagande israélienne qui assimile la critique radicale de l’Etat juif à de l’antisémitisme. Être antiraciste, ce n’est pas instaurer un nouveau ghetto, une séparation, une théorisation de l’impossibilité du « vivre ensemble ». Faire croire que la « sécurité » des Juifs est liée à l’existence d’un Etat qui serait le leur à l’exclusion de tous les autres relève du même type de pensée qu’un Le Pen dont le slogan « Les Français d’abord » théorise l’inégalité des droits et la séparation. Au contraire ce sont le sionisme, l’existence d’un Etat qui se dit juif et la politique israélienne qui mettent en danger gravement les Juifs en les sommant d’être complices des crimes perpétrés, faute de quoi ils seront considérés comme traîtres.

Israël est-il un État raciste ?

Ce qui vient de se passer à Genève dans le cadre du processus improprement appelé « Durban II » était annoncé depuis des années. Bien sûr, à Genève, beaucoup de délégués du Tiers-Monde n’ont pas été abusés par le « show » des partisans d’Israël. Mais on doit tristement constater que les propagandistes israéliens ont obtenu le soutien inconditionnel de l’Europe et des Etats-Unis en passant une fois de plus pour des victimes, ce qui, quelques mois après le carnage de Gaza, est quand même un peu fort. Et le texte qui est sorti sur le racisme passe totalement sous silence celui qui sévit contre les Palestiniens.

Oui, Israël est un pays raciste.

Il l’est déjà à l’égard des seuls qui jouissent de la citoyenneté : les Juifs. Faut-il rappeler le sort des Falachas venus d’Ethiopie ou celui des Juifs Indiens considérés comme hérétiques et qui vivent quasiment tous sous le seuil de pauvreté ? Entre 1950 et 1962, plus d’un million de Juifs du monde arabe ont émigré en Israël. Avant le sionisme, ils n’avaient jamais été persécutés. Coupés de leur histoire, de leurs racines, de leur culture, de leur langue, ils se sont retrouvés sans passé, sans présent et sans avenir. Israël s’est fabriqué grâce à eux un prolétariat. Aux révoltes des années 50, ont succédé une grande colère et une frustration qui expliquent leur basculement partiel vers la droite raciste ou le courant national-religieux.

Vis-à-vis des Palestiniens d’Israël, les discriminations sont écrites dans la loi. Dans le Monde Diplomatique de mai 2009, Dominique Vidal et Joseph Algazy montrent, chiffres à l’appui, l’incroyable écart de revenus entre Juifs et Palestiniens d’Israël. Ceux-ci subissent un nombre important d’interdits professionnels. Ils ne possèdent que 3% de la terre alors qu’ils forment 20% de la population.

Le pire scandale, c’est celui des Bédouins du Néguev. 60 ans après la création de l’État d’Israël, les 3/4 d’entre eux vivent dans des villages non reconnus, bidonvilles en plein désert sans eau, sans électricité, sans route. Dès qu’ils construisent en dur, l’armée vient détruire leur maison. Joseph Algazy rappelle l’assassinat de l’un des leurs qui avait commis le crime de venir se baigner à la plage d’Ashkelon. Les assassins n’ont pas été plus punis que les auteurs des pogroms antipalestiniens de Nazareth ou de Saint-Jean d’Acre. Dans un État juif, tuer un Arabe n’est pas forcément un crime.

Vis-à-vis des Palestiniens des territoires occupés, le terme d’Apartheid décrit complètement la réalité. Pour un colon qu’il soit « banlieusard » ou colon « idéologique », la vie est simple. Le Mur et les routes de contournement permettent d’aller en quelques minutes à Jérusalem ou Tel-Aviv. Les ressources écologiques sont pillées. Tout est fait pour oublier qu’on est là en ayant chassé les autochtones. Pour les Palestiniens, le Mur et les check points sont un casse-tête permanent. L’économie réelle a été en grande partie détruite. La majorité de la population survit avec des revenus très aléatoires, parfois venus de la diaspora palestinienne.

À Gaza, la propagande raciste israélienne a contribué à « déshumaniser » la population. Elle a abouti au permis de tuer et à l’ampleur du dernier massacre. Il ne s’agissait pas d’une guerre puisqu’il n’y avait pas d’armée en face, mais d’un massacre délibéré, d’une punition collective.

Dans un très beau texte qui date du 22 avril, Brahim Senouci a recensé des dizaines de déclarations d’un racisme ignoble faites par des dirigeants israéliens depuis un siècle. Citons-en quelques-unes : Ben Gourion en 1937 : « nous devons expulser les Arabes et prendre leur place ». Barak en 2000 : « les Palestiniens sont comme des crocodiles. Plus vous leur donnez de la viande, plus ils en veulent ». Nétanyahou, il y a 20 ans : « Israël aurait dû exploiter la répression des manifestations en Chine … pour mettre à exécution des expulsions massives parmi les Arabes du territoire ».

Imaginons qu’un dirigeant palestinien ait dit le centième de ces horreurs. La propagande israélienne sur le thème : « vous voyez, ils veulent nous détruire » aurait été immédiate.

À Genève, Israël aurait donc dû être nommément condamné comme État raciste. Mais dans le cadre d’une conférence internationale, qui avait la légitimité pour le faire ? Sûrement pas Ahmadinedjad. Il est à la tête d’un État théocratique qui ignore le droit, en tout cas celui des femmes, des homosexuel-le-s, des Bahaïs, des non croyants … et pratique la pendaison à grande échelle. Et puis, face aux négationnistes israéliens qui nient la Naqba et les droits des Palestiniens, il s’est fait le complice d’autres négationnistes comme Faurisson invité à un curieux colloque à Téhéran.

À Genève, les occidentaux, ceux-là mêmes qui enferment les immigrés dans des centres de rétention ou essaient de les repousser à leurs frontières, ceux-là mêmes qui déroulent le tapis rouge devant le fasciste Lieberman ont donc pu jouer au démocrate outragé : « Israël, Etat raciste ? Vous n’y pensez pas, ce sont des démocrates comme nous, pas des barbares ! »

Il y a encore un sacré travail idéologique à mener.

Pierre Stambul
29/05/2009
UJFP

Choses lues


Elections 2009, EurActiv.fr.
L’Europe en livres, Le Monde.
François Denord et Antoine Schwartz, L’Europe sociale n’aura pas lieu, Raisons d’agir, 2009 [EHESS].
Bernard Cassen et Louis Weber, Elections européennes, mode d’emploi, Editions du croquant, 2009.

17/05/2009

Yves Gonzalez-Quijano, Femmes politiques arabes / une révolution tranquille ? (1/2), Culture et politique arabes.

22/05/2009

François-Bernard Huyghe, Obama et les photos de torture en Irak, Affaires-strategiques.info.

23/05/2009

Immanuel Wallerstein, Le naufrage du dollar, Mémoire des luttes.

24/05/2009

Yves Gonzalez-Quijano, Femmes arabes dans le Golfe (2/2) / deux ou trois choses qu’on (ne) sait (pas) d’elles, Culture et politique arabes.

25/05/2009

Alain Garrigou, Consécration pour les sondages en ligne, Le Monde diplomatique.

Joseph Stiglitz, Cette finance qui nous pigeonne, Eco89.

Cheney est de retour, Dedefensa.

26/05/2009

Le « J’accuse ! » de Amira Hass, EuroPalestine.

L’Iran à pas de loup, Dedefensa.

27/05/2009

Ilia Kramnik, Iran: les missiles, monnaie d’échange avec la communauté internationale, RIA Novosti.

Israël, le sourire de BHO et son “manque de sympathie”, Dedefensa.

Guerre contre le dollar


Certains croyaient qu’il existait un accord implicite entre les Etats-Unis et la Chine : les premiers acceptaient la sous-évaluation massive du yuan, mais obtenaient en échange de la seconde un financement indéfectible de la dette publique américaine, et la reconnaissance du dollar comme seule vraie monnaie de réserve. On l’a même appelé « l’accord Bretton Woods 2 ». Or depuis juillet 2008, et jusqu’à la visite du président brésilien Lula à Pékin, hier, tout indique que cet accord, s’il a jamais existé, n’existe plus.

Dès juillet dernier, on vit ses premières fissures. Les dirigeants chinois interrompent, unilatéralement et sans avertissement préalable, le processus de réévaluation très graduel du yuan contre dollar qu’ils avaient accepté sous la pression du Congrès américain (de 8,28 yuans pour 1 dollar en juillet 2005 à 6,85). Quand le cours équilibrant se situe sans doute à 2 yuans pour 1 dollar, on mesure la provocation que cette interruption soudaine signifiait pour les dirigeants américains.

Au même moment, l’organisme qui gère les réserves de change de l’Etat chinois décide de sortir des obligations Agencies (Freddie Mac et Fannie Mae) pour se concentrer sur les seules obligations du Trésor américain. Ils accentuent ainsi la crise des Agencies, et contraignent monsieur Paulson à les nationaliser le 7 septembre pour un coût de 200 milliards de dollars. Un stress qui conduira les dirigeants américains à lâcher Lehman Brothers huit jours plus tard. La Chine ne jouant plus le jeu, la panique s’était emparée de l’administration américaine.

L’arrivée d’Obama à la présidence des Etats-Unis ne ramènera pas la Chine à plus de coopération. En janvier 2009, sans doute pour décourager la nouvelle administration d’exiger une réévaluation du yuan, la Chine interrompt ses achats d’obligations du Trésor à plus de deux ans ; elle ne les reprendra qu’en mars, et pour un montant limité, après que Tim Geithner, nouveau secrétaire au Trésor, a dissuadé publiquement ses partenaires du G7 de réclamer l’inscription du yuan à l’agenda du G20 suivant.

En clair, la Chine entend bien continuer à capitaliser sur son commerce extérieur l’avantage que lui donne la sous-évaluation massive du yuan. Pour autant, elle n’entend plus financer le déficit public américain, ni soutenir le dollar comme monnaie de réserve. En mars, le numéro deux chinois, Wen Jiabao, et le gouverneur de la banque centrale, M. Zhou, dénigraient la capacité du dollar à se maintenir comme monnaie de réserve et pointaient la nécessité de son remplacement à terme par une monnaie non nationale : un nouveau DTS.

Au même moment, la Russie annonçait vouloir remplacer le dollar par une monnaie non nationale avec l’aval des autres pays du BRIC (Brésil, Inde et Chine) ainsi que de la Corée du Sud et de l’Afrique du Sud. D’ailleurs, la Chine et le Brésil, qui ont des réserves de change considérables, ont refusé de s’inscrire comme les pays du G7 dans les accords d’emprunt en dollar du FMI, accords qui visent à protéger de la crise mondiale les pays émergents en difficulté (Mexique, Turquie, Pologne, etc.). S’ils ont consenti le 23 mars à financer le FMI, c’est à la condition expresse que, pour la première fois de son histoire, il se finance par émission d’obligations, et ce libellées en DTS et non en dollar.

Dans le même esprit, la Chine révélait, le 27 avril, que ses réserves d’or s’élevaient, non pas à 400 tonnes d’or comme affirmé depuis 2003, mais en réalité à 1.000 tonnes. Tout est bon pour déconsidérer le dollar et convaincre les pays tiers (les pays du Golfe en particulier) de le répudier comme monnaie de réserve et comme monnaie de règlement. Enfin, dernier coup porté au billet vert, le 18 mai, le Brésil et la Chine, à l’occasion d’un voyage du président Lula à Pékin, annoncaient qu’ils n’utiliseraient plus le dollar comme moyen de règlement dans leurs échanges bilatéraux.

Dans ces grandes manœuvres visant à mettre en cause le privilège du dollar tout en conservant pour elle une monnaie sous-évaluée, la Chine joue donc un rôle central. Une évolution hautement géopolitique. Comme l’a rappelé Adam Poser, du Peterson Institute, « le gouvernement américain a toutes les raisons de croire que le dollar doit rester la devise de référence du commerce international.

C’est une question géopolitique autant que monétaire. Il offre la meilleure sécurité possible aux Etats-Unis dans l’économie mondiale ». Les Chinois comme les Russes semblent ne pas avoir oublié que c’est en finançant la guerre des étoiles par le dollar, monnaie de réserve, que les Etats-Unis de Reagan avaient défait l’URSS de Brejnev.

Antoine Brunet
19/05/2009
La Tribune

L'impasse en Afghanistan


Le conflit afghan n’aura pas de solution militaire. La stratégie d’Obama, consistant à rééditer le « surge » irakien, vise dans un premier temps à stabiliser la situation sur le terrain, mais ne peut à terme déboucher sur une issue qu’à condition de poursuivre les négociations qui ont déjà lieu en coulisse avec les talibans pachtounes. Cette double dénomination décrit l’espace politique dont dispose Obama. A défaut de parvenir à un accord – peu vraisemblable – avec les talibans du Mollah Omar, ne resterait pour les américains que l’option consistant à tenter de se rallier les chefs de tribus pachtounes afghans, village après village, clan près clan, à coup de larges subsides, en une réédition de la stratégie irakienne en direction des sunnites. Si les fidélités tribales aux pachtounes talibans restent inentamées, la politique d’Obama est vouée à l’échec. Analyse de Robert Dreyfuss, spécialiste des questions de sécurité internationales.

Lire : Robert Dreyfuss, Afghanistan : le pari d’Obama, ContreInfo.

L'actrice qui déchaîne les passions chinoises


Comme une certaine Brigitte Bardot en son temps, Zhang Ziyi est jugée scandaleuse. En 2005, l’actrice avait interprété le rôle d’une Geisha au service d’un japonais, provoquant alors un tel tollé sur fond de fierté nationale humiliée que les autorités avaient interdit le film en Chine. Sa dernière apparition dans « The Horseman » réveille à nouveau les passions. Une partie du public chinois voit en elle un symbole de la nation et interprète chacun de ses actes – en tant qu’actrice ou à titre privé – comme un message lourd de sens à l’aune d’un patriotisme souvent exacerbé.

Lire : Mon dieu, ils sont fous !, Quotidien du Peuple.

Vous avez la parole…


mais à la condition de dire ce que nous avons envie d’entendre…

Lors d’un entretien accordé à une publication du Parti Socialiste, Jacques Sapir s’est entendu dire que ses propos ne seraient pas publiés, car contradictoires avec la position du PS. Il prend ici la plume pour dénoncer cette conception du débat public, où seuls seraient acceptables les avis conformes à la ligne. Mais sur le fond, il interprète également cette censure comme une manifestation du refus obstiné des socialistes de revenir sur le choix du libéralisme qui a présidé à la construction européenne et qui a entraîné une régression marquée de la part des salaires en faveur des profits. Pourtant, tant que ce dogme ne sera pas remis en cause toutes les déclarations sur l’Europe sociale resteront selon lui de vaines incantations.

La morale de cette triste et navrante histoire est double et mérite notre attention. Car, si l’on n’y prend garde, elle se répètera.

Sur la forme, en premier lieu, il y a donc bien des choses à dire. Nous sommes ainsi passés de la société de l’information à celle de la communication. Car, il faut prendre au sérieux la réponse qui me fut faite. Il s’agit bien de communiquer et non d’informer.

Si tel avait été le cas, on peut penser que le PS pouvait tolérer, et même, pourquoi pas, (mais si, mais si…) solliciter des avis différents, voire divergents. Mes positions sont connues et je n’en ai point changées. Mais, après tout, rien n’empêchait à un journaliste de ce parti de conclure en rappelant les positions qui sont défendues par le PS à l’occasion des élections européennes.

J’ai déjà donné des interviews sur le même sujet dans de nombreux journaux, dont certains défendent des positions qui ne sont pas les miennes. S’il est bien un principe qui avait toujours – jusque-là – été respecté c’était bien celui de ne pas altérer les idées et la personne que l’on a interviewée.

Ici, et pour la première fois, on demande à un interlocuteur que l’on sait pertinemment ne pas être membre, de prés ou de loin, du PS, de bien vouloir reprendre les positions de ce parti ou de se taire. C’est inouï, et à plusieurs titres.

Cela signifie d’abord un profond mépris pour les opinions de son interlocuteur, qu’elles soient justes ou fausses. Cela signifie ensuite qu’on tient son interlocuteur pour un être vil, prêt à tout pour se voir publié. Cela signifie, enfin, un égal et non moins profond mépris pour ses propres lecteurs, que l’on considère incapable de se faire une opinion par eux-mêmes.

Je n’en veux pas tant à la malheureuse personne qui m’a interviewé, et qui manifestait une certaine sympathie pour mes propos, qu’à ceux qu’elle a désignés pas le joli mot de ses « supérieurs ». Si c’est ainsi qu’ils conçoivent leur métier de journalistes en confondant celui-ci et la « communication », nous sommes donc rendus bien bas. Mais, si cela veut dire qu’ils considèrent que la presse partisane, dans le sens originel du terme soit la presse d’un parti, comme se devant de n’avoir qu’un visage et qu’un verbe à la gloire de ce dit parti, nous sommes en fait encore rendu plus bas.

Dans ce cas, cela traduit une profonde dérive anti-démocratique de ce parti.

Nous savions la Droite inféodée au pouvoir de l’argent. Nous connaissions les figures imposées de la presse stalinienne, même si aujourd’hui il s’agit d’un passé heureusement révolu. Que de telles pratiques soit le fait d’un parti qui a toujours prétendu conjuguer socialisme et démocratie est un triste spectacle. Même si ce parti n’a sans doute plus rien à voir avec le socialisme, on pouvait croire à son attachement à la démocratie. On s’est trompé. Le stalinisme n’est pas mort, mais il a migré vers d’autres cieux politiques. C’est bien à un cas exemplaire de ce que j’ai appelé le « libéral-stalinisme » que l’on est confronté.

Lire le coup de gueule de Jacques Sapir publié par ContreInfo. Ce texte circule sur Internet via l’info mailing list europeennes-news.com.

Les temps changent


À la lecture les dépêches d’agences on pourrait croire que tout va continuer comme avant entre les États-Unis et Israël. Les apparences sont trompeuses car, comme l’analysait Pascal Boniface hier, les « tensions entre les deux pays se creusent et Obama ne semble pas prêt à accepter d’obéir systématiquement aux exigences d’Israël ».

Plus que la divergence sur un improbable État palestinien, c’est l’Iran qui constitue le cœur des divergences stratégiques entre Obama et Netanyahou. La meilleure analyse sur le changement en cours (extrait) :

La rencontre BHO-Netanayahou confirme qu’on n’estime plus à Washington que la sécurité d’Israël et la sécurité des USA ne font qu’une et que statut d’Israël d’“allié privilégié” des USA est en question, de façon fondamentale et pressante. Ces deux prolongements ouvrent la voie à des relations pleines d’acrimonie, de chausse-trappes et de tension, parce que la stratégie de Netanyahou, la seule stratégie possible pour sa coalition de la droite dure traditionnellement belliciste, nécessite le préalable du soutien inconditionnel des USA, “à-la-Bush”, et qu’il ne l’a plus. Selon la perception de cette composante de droite dure israélienne, le problème d’Israël, par rapport à la position qu’il a occupée vis-à-vis des USA pendant huit ans évoluant vers celle qui se dessine aujourd’hui, est qu’il va se trouver dans une position où il a beaucoup à perdre et vraiment très peu à gagner.
Dedefensa

Serge LEFORT
19/05/2009